Épisode 76 · · par Franco Huard
Sous le Bandeau #76 – Doit-on améliorer la Franc-Maçonnerie?
« Doit-on améliorer la franc-maçonnerie? » Franco insiste sur le verbe : ce n’est pas peut-on, c’est doit-on. Pour en débattre, il réunit deux voix qu’il aime entendre — Claudia, vénérable maître qui achève son mandat, et Frère Ludo, animateur du podcast Les frangins ne sont pas tous gâteux. Ensemble, ils déroulent une réflexion qui part de la fonction de vénérable pour aboutir aux casques de réalité virtuelle, en passant par la Tradition, l’engagement social et l’idée d’une loge qui se réunirait à distance.
Retrouvailles et le siège de l’Orient
Claudia revient au micro avec des nouvelles : elle a quitté son emploi pour se lancer à temps plein comme entrepreneure, et il ne lui reste plus que quelques tenues avant la fin de son mandat de vénérable maître. La conversation glisse vite vers la maîtrise elle-même. Pour Claudia, l’essentiel tient dans l’équilibre : c’est lui qui crée l’harmonie entre les officiers et qui permet d’agir « inspiré par la vertu » plutôt que dirigé par les vices. Ludo, lui, n’en est qu’à sa deuxième tenue de vénérable, mais il en tire déjà une image forte. Longtemps, sur les colonnes, on regarde vers l’Orient; s’asseoir enfin à cette place, c’est découvrir un point de vue littéralement inédit, une nouvelle renaissance.
« Quand on se retrouve à l’Orient en position de vénérable, c’est là qu’on commence à regarder dans l’autre sens. »
— Frère Ludo
Un pape, des t-shirts et une IA récalcitrante
Place aux nouvelles. Franco revient sur l’épisode 75, « la franc-maçonnerie n’est pas une religion », inspiré d’une déclaration venue du Vatican et du pape François. Chiffres à l’appui, il s’amuse de l’incohérence : aux Philippines, on compterait 16 000 maçons pour plus de 74 millions de catholiques. De là est né un nouveau t-shirt, prétexte à raconter ses expérimentations avec l’intelligence artificielle. Après un détour par Midjourney, qui refusait de dessiner la maçonnerie, il a adopté DALL-E 3 — quitte à « troller » l’outil pour lui faire composer, morceau par morceau, des images mêlant symboles maçonniques et religieux. Il annonce aussi la deuxième édition du gala maçonnique, le 8 décembre au club de golf Le Mirage.
De Logicast à un micro bien à soi
Ludo raconte son parcours. Tout commence avec le Logicast, le podcast maçonnique de Romain, qu’il rejoint après l’avoir contacté depuis son forum « le bandeau sur les yeux ». Micros de fortune, bol de chips sur la table, épisodes parfois enregistrés sur Skype : c’est sa première expérience du format. Après un passage par Londres, il lance une chaîne YouTube — au montage volontairement moderne — puis un podcast audio, Les frangins ne sont pas tous gâteux, dont le ton assume l’autodérision. Cinq épisodes plus tard, il revendique environ 6 000 téléchargements par épisode. Franco en profite pour reconnaître sa dette : sans le Logicast, Sous le Bandeau n’existerait sans doute pas.
La Tradition, et les traditions
On arrive au cœur du débat. Ludo pose sa question : puisqu’on entre en maçonnerie pour s’améliorer soi-même, et que ce sont les maçons qui forment la franc-maçonnerie, ne devrait-on pas songer à améliorer l’institution elle-même? Claudia répond par une distinction qui structure toute la discussion : la Tradition avec un grand T — le message, l’essence, l’expérience de fraternité — et les traditions avec un petit t — les véhicules, les rituels, les usages.
« Le T majuscule, c’est le message; les t minuscules, ce sont les traditions. »
— Claudia
L’essence, selon elle, ne s’améliore pas vraiment; les véhicules, oui, mais avec vigilance et parcimonie. Car trop souvent, prévient-elle, les changements naissent de l’ignorance d’un symbole ou d’un simple effet de groupe. Franco renverse la perspective : si l’on perçoit les défauts d’une loge, c’est déjà le signe que la méthode agit, puisqu’elle pousse à vouloir corriger. Ludo, plus critique, rappelle que la franc-maçonnerie n’est pas parfaite — il a vu des conflits, des querelles d’obédiences, des frères qui passaient à côté de la fraternité. Si la méthode initiatique ne suffit pas toujours, faut-il alors la revoir?
Se sauver soi-même avant de sauver le monde
La discussion bifurque vers l’engagement social. Ludo, qui travaille au Grand Orient du Québec au rite français, s’inquiète des loges si tournées vers le sociétal qu’elles en abandonnent la symbolique : que reste-t-il de maçonnique quand l’ouverture des travaux se réduit à un coup de maillet? À l’inverse, il envie la maçonnerie dite régulière, très présente dans les villages américains, qui multiplie les œuvres caritatives concrètes — et regrette de ne pouvoir la visiter. Au Québec, note Franco, on s’affiche déjà : hôpital Shriners, paniers de Noël, et l’Opération Père Noël présentée par une sœur. Reste la question du bon ordre des choses, que Franco illustre par sa stratégie à Red Alert 2 — bâtir sa fondation avant d’attaquer.
« Avant de vouloir sauver le monde, il faut apprendre à te sauver toi-même. »
— Franco (citant Gandhi)
Faire évoluer les rites… mais pas trop
Dernier mouvement : la technologie. Après un rappel de l’évolution des rites — des anciens et des modernes jusqu’au rite Internet refaçonné pendant la COVID et au tout récent Rite Futura, dont Franco a acheté les rituels du 1er au 33e degré —, les trois conviennent que la maçonnerie se tient « au-dessus » des rites, comme un parapluie. De nouveaux offices apparaissent (le webmaster, et pourquoi pas un jour un « maître de l’intelligence artificielle »). Mais jusqu’où aller? Les tenues hybrides de la COVID ont ouvert la loge au monde entier; Ludo imagine même une « loge Internet » multi-rites, réunie quelques fois par an. Tous s’accordent toutefois sur une limite : les initiations exigent la présence physique, car la fraternité ne se construit pas seul chez soi. Entre casques de réalité virtuelle et initiations à domicile façon Rose-Croix, Ludo résume sa position d’un trait : faire avancer la maçonnerie, oui, « mais pas trop ».
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