Épisode 53 · · par Franco Huard

Sous le Bandeau #53 – L’expérience maçonnique

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Et si le vrai secret de la franc-maçonnerie n’était ni un mot de passe ni un symbole caché, mais l’expérience elle-même ? En pleine Saint-Jean-Baptiste — fête nationale du Québec autant que fête maçonnique —, Franco réunit Sylvain et Claudia dans le studio pour un numéro suggéré par un membre Patreon. Autour du feu du solstice, les trois complices déroulent leur propre parcours en loge : ce qu’on y vit, ce qu’on y apprend, et pourquoi personne ne saisit vraiment la maçonnerie tant qu’il n’est pas passé de l’autre côté de la porte.

La Saint-Jean, le solstice et le phénix

Le 24 juin est une date double : fête nationale des Québécois et fête maçonnique. Pour l’équipe, le solstice est une porte que l’on franchit — l’occasion de laisser derrière soi ce que l’année passée a de lourd, de se pardonner et de repartir vers de nouvelles possibilités. Une image revient sans cesse : celle du phénix qui renaît de ses cendres. Le feu de la Saint-Jean devient alors moins un brasier qu’un symbole de régénération, thème que Claudia reprendra jusque dans son mot de la fin.

Passer le maillet et devenir Vénérable Maître

Sylvain vient de quitter son siège de vénérable maître pour occuper la fonction de grand-maître adjoint aux affaires intérieures — une charge, avoue-t-il, bien plus lourde que prévu. Il décrit la transmission du maillet comme un maillon ajouté à la chaîne : un moment chargé d’émotion, presque un détachement, comme si l’on confiait son enfant à quelqu’un d’autre pour qu’il continue à en prendre soin.

De son côté, Claudia vient tout juste d’être installée Vénérable Maître, élue à l’unanimité. Elle raconte sans détour le syndrome de l’imposteur ressenti à son initiation de Past Master — l’impression que n’importe qui d’autre aurait pu être choisi à sa place. Ce sentiment s’est dissipé le jour où elle a senti le soutien des officiers et de tous les frères et sœurs.

« Le poste de Vénérable Maître, c’est la meilleure école de leadership que tu peux expérimenter. »

— Franco

Diriger une loge sans la posséder

Comment mène-t-on une loge ? Sylvain file la métaphore de Star Trek : le vénérable maître serait le réalisateur qui décide comment se déroulent les épisodes. Claudia n’est pas d’accord. Pour elle, c’est la loge qui est souveraine, pas le vénérable maître ; celui-ci n’est qu’un chef d’orchestre qui s’assure qu’elle avance dans la direction qu’elle a elle-même choisie. Ce n’est jamais un one-man-show.

La discussion glisse vers la progression dans les offices. À la Grande Loge du Québec et dans les loges d’émulation, on doit passer par tous les postes avant d’accéder au vénéralat — parfois dix ans d’attente. Ailleurs, une personne motivée peut avancer plus vite. Chacun s’entend toutefois sur un point : connaître, ou au moins écouter, l’expérience de chaque office est ce qui fait un bon maître d’œuvre.

L’expérience, le vrai secret de la maçonnerie

Pour Claudia, l’expérience est le véritable secret maçonnique : c’est à travers les initiations et le travail en loge, dans un climat de non-jugement, qu’on apprend à se connaître et qu’on découvre qui l’on peut devenir. Sylvain ajoute une couche : les rituels portent un message caché qui survit même lorsqu’on les modifie, et le contacter enrichit tout le parcours. Il en profite pour raconter son entrée en maçonnerie, en 2008, animé d’un esprit un brin complotiste.

« Je suis venu pour les infiltrer. Finalement, je me suis aperçu que c’était vraiment une belle école de sagesse. »

— Sylvain

Comme le résume Franco en riant : au bout du compte, c’est eux qui l’ont infiltré.

Régularité, faux ordres et miroir initiatique

Le trio aborde la question sensible de la régularité et de la reconnaissance : certaines loges libérales, estime Sylvain, auraient perdu l’essence et la symbolique transmises par les rituels. On distingue aussi la maçonnerie des ordres qui n’en sont pas : l’OTO, par exemple, fut fondé par Aleister Crowley, initié à la Grande Loge de France avant de la quitter — mais ce n’est pas un ordre maçonnique. Reste le cœur du travail : deux pierres brutes qui se frottent finissent par se polir. Grâce au miroir initiatique, ce qui nous dérange chez l’autre révèle souvent nos propres défauts. C’est exigeant : à peine 20 % des candidats dépassent le degré de maître, et atteindre le 33e demande, honnêtement, douze à quinze ans — de quoi douter de quiconque prétend y parvenir en trois ou quatre.

Se méfier des fraudeurs et retrouver la vraie richesse

La dernière partie met en garde contre les fraudeurs : messages WhatsApp promettant richesse, voiture et statut d’« Illuminati », faux maçons que Franco refuse quotidiennement dans les forums. La règle est simple : c’est au candidat d’aller cogner à la porte d’une obédience reconnue, jamais l’inverse ; toute demande d’argent est un drapeau rouge. Peut-on s’enrichir en maçonnerie ? Oui, tranche Franco, mais indirectement : en devenant une meilleure personne, on attire des opportunités. On ne rentre pas pour l’argent. La vraie richesse, rappellent-ils, c’est soi-même — car au moment de la mort, tous les métaux restent derrière. Entre réussir sa vie et la réaliser, la maçonnerie invite clairement à choisir la seconde.

Chapitres

Sujets : Franc-maçonnerie · Vénérable Maître · Régularité maçonnique · Rite Écossais Ancien et Accepté · Podcasts

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