Épisode 62 · · par Franco Huard
Sous le Bandeau #62 – L’ambition
Après une pause estivale qui a inquiété plus d’un auditeur — dont Aurélien, fidèle de Belgique qui ne voyait plus rien paraître depuis juin —, l’équipe de Sous le Bandeau reprend le micro pour son 62e épisode. Autour de Franco : Claudia, Sylvain et l’invité Sean, réunis dans un studio encore en chantier pour disséquer une notion aussi séduisante que piégeuse, l’ambition. A-t-elle sa place dans la démarche maçonnique, ou n’est-elle qu’un « mauvais compagnon » déguisé en vertu ?
Une rentrée en chantier
Avant d’entrer dans le vif du sujet, place au tour de table. Franco raconte l’épopée de son faux plafond de sous-sol : parti à l’assaut des tutoriels YouTube avec son frère Mathieu, il a fini par appeler des professionnels qui ont abattu en quelques heures ce que lui avait mis une journée à bâcler. Morale bien maçonnique : mieux vaut parfois payer l’expert que de tout reprendre soi-même. Claudia, elle, revient d’un été de vignobles et de dégustations, jusqu’à goûter la vodka et le « moonshine » d’un couple d’Ukrainiens installés en Ontario. Sylvain, spécialiste de la fraude et conférencier très sollicité, glisse déjà la première passerelle du jour : le fraudeur, comme le maçon, travaille sur le côté obscur de l’être humain — sauf qu’il le nourrit au lieu de le combattre.
Le procès en « luciférianisme »
Franco enchaîne sur un projet qui lui tient à cœur : un livre destiné aux profanes, dont un chapitre sur la franc-maçonnerie et Lucifer a tellement plu qu’il en fera un ouvrage à part entière. L’occasion de raconter une mésaventure. Un membre du forum de l’émission, après avoir épluché ses photos de la Grande Loge du Texas, l’a publiquement accusé d’être « luciférien sans le savoir », montage diabolique à l’appui. Pourquoi cette étiquette colle-t-elle autant ? Franco y voit une question de régularité. Il rappelle l’architecture des reconnaissances — CLIPSAS, COMAM, CIMAS, AME — et raconte comment, au CIMAS, une obédience se présentant comme la « Grande Loge Baphomet » a été refusée à l’unanimité. Ajoutez la confusion entretenue par des groupes comme l’OTO, qui empruntent des grades d’allure maçonnique, et les arnaques « Rejoignez les Illuminati » qui inondent les forums : on comprend vite pourquoi le grand public mélange tout.
L’ambition, ce « mauvais compagnon »
Cœur de l’épisode. Claudia pose le cadre avec Carl Jung, qui plaçait l’ambition et la circonspection aux deux pôles d’une même échelle : diriger ses aspirations en fonçant, ou en tenant compte des circonstances avec discernement. En loge, rappelle-t-elle, l’ambition est souvent nommée comme un « mauvais compagnon », au même titre que l’ignorance ou le dogmatisme, parce qu’elle pousse à réussir à tout prix, quitte à mobiliser ses vices. La seule ambition saine à l’échelle individuelle ? Celle du bonheur — et encore, à condition qu’elle ne serve pas un intérêt strictement personnel. À cette ambition, les panélistes préfèrent d’ailleurs le mot d’aspiration, surtout lorsqu’elle est collective.
Donner ou prendre
Sylvain distingue deux ambitions : celle qui crée pour aider, et celle qui prend aux autres. Franco file la métaphore du pomiculteur qui coupe ses pommiers pour s’offrir une Mustang et se retrouve sans récolte l’été suivant. Sylvain, lui, se raconte : maison de campagne, Porsche, Harley, motoneiges… autant de « bêtes à nourrir » qui dévoraient son temps sans jamais livrer le bonheur promis.
« Plus tu fais d’affaires, plus ça fait de bêtes à nourrir. »
— Sylvain
Le bonheur, insiste-t-il, tient dans la liberté — de penser et de posséder — et dans le moment présent. La discussion glisse alors vers l’ingénierie sociale et Edward Bernays, vers un système d’éducation pensé pour l’usine, et même vers la fraude fondatrice du système bancaire : cet orfèvre qui, dès les années 1500, émettait plus de reçus qu’il n’avait d’or dans ses coffres. Une société bâtie, selon eux, sur une longue chaîne de mensonges dont l’ambition matérielle serait le carburant.
Argent, loteries et illusions maçonniques
Franco rebondit sur une vidéo de gagnants du Powerball — une cagnotte de 1,6 milliard de dollars — dont l’immense majorité se ruine en quelques années, faute d’éducation financière. Même piège en maçonnerie : bien des postulants frappent à la porte en espérant titres, pouvoirs et gros véhicule, exactement ce que promettent les faux ordres qui vendent l’accès aux « Illuminati » pour mille piastres et une Mercedes. Or, martèlent les panélistes, les grades ne sont pas des trophées : tout est travail sur soi. La seule richesse maçonnique est celle de la connaissance, une « université sur soi-même », et non un chèque ou une Ferrari livrés à l’initiation.
Le fil à plomb et deux causes du temps des fêtes
Vient l’heure des mots de la fin, tous accordés sur l’équilibre — le fameux fil à plomb : garder l’ambition pour ce qui nous tient à cœur, sans jamais basculer dans les extrêmes.
« L’ambition, ça peut être sournois : on peut retomber dedans sans s’en rendre compte. Il faut toujours se regarder dans le miroir. »
— Claudia
Franco referme l’épisode sur deux initiatives des fêtes : l’Opération Père Noël, qui exauce les lettres des enfants de la DPJ, et la ligne téléphonique Appelez le Père Noël, à laquelle Sylvain prête sa voix chaque décembre.
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