Épisode 52 · · par Franco Huard

Sous le Bandeau #52 – L’importance des planches en Franc-Maçonnerie

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Comment une simple feuille de papier peut-elle devenir l’un des outils les plus puissants du travail maçonnique ? Dans ce 52e épisode de Sous le Bandeau, Franco retrouve Sylvain, Claudia et Shawn — ce dernier, membre Patreon et apprenti, ayant lui-même proposé le sujet — pour explorer la planche : ce texte qu’on rédige puis qu’on présente en loge et qui, bien plus qu’un exercice de style, sert à tailler sa propre pierre.

Une émission de retrouvailles en pleine pandémie

Après un mois et demi de silence, l’équipe reprend l’antenne dans un Québec toujours confiné. Le temple de Montréal, reconnu comme lieu de culte, peut encore accueillir 25 personnes, si bien que les loges se pressent les fins de semaine — au point que Franco s’avoue épuisé de « faire de la maçonnerie » entre le couvre-feu et le travail. Ailleurs, les obédiences se replient sur des tenues tenues à distance, par Zoom.

Côté nouvelles, le ton s’assombrit : projets d’attentats néo-nazis en Europe, tensions en Colombie, temples incendiés à Vancouver et en Saskatchewan. Devant cette montée anti-maçonnique, Franco rappelle que les francs-maçons subissent les mêmes épreuves que tout le monde et ne détiennent aucun secret d’actualité. Il met surtout en garde contre les faux ordres : avant de rejoindre une obédience, on vérifie ses reconnaissances et ses lettres patentes. Si un groupe se vante d’avoir créé ses propres lettres patentes, dit-il, mieux vaut fuir.

Pourquoi rédiger une planche ?

Shawn amène le sujet par une image toute simple : rédiger une planche, c’est comme se regarder dans le miroir le matin pour replacer un cheveu de travers. On y travaille l’intérieur de soi. Sylvain renchérit en relisant ses débuts : douze planches en deux ans comme apprenti, « un déluge de mots dans une constipation d’idées ». Avec les années, il a appris à écrire moins et mieux, à mettre ses tripes sur la table sans prétendre détenir la vérité.

« Tu régurgites un tas de cailloux et tu cherches les pierres précieuses pour ensuite les partager. »

— Sylvain

Les multiples visages de la planche

Il n’existe pas une seule planche, mais plusieurs. La première est presque toujours le retour sur l’initiation — un ressenti, pas une dissertation. Viennent ensuite les planches sur un outil, les planches de passage, puis des travaux plus sociétaux ou philosophiques. L’équipe s’attarde sur les planches spontanées : en tenue, un vénérable lance un symbole — la pierre brute, la pierre cubique — et chacun contribue jusqu’à faire émerger, entre deux perceptions, une troisième vérité.

Sylvain compare le parcours maçonnique à une histoire d’amour : la passion des débuts, l’assagissement, puis la redécouverte. Car tout, insistent-ils, est déjà contenu dans les trois premiers degrés ; on ne le réalise simplement pas encore. Revenir sur un sujet d’apprenti une fois devenu maître — comme lors des planches d’équivalence exigées au Rite Écossais Rectifié — révèle alors le chemin parcouru.

Le symbole, miroir de soi

Shawn se passionne pour l’interprétation des symboles : parti du symbole du cœur, il a fini par le retrouver jusque dans des cavernes préhistoriques. Franco rappelle qu’un symbole peut même réveiller une mémoire enfouie — il évoque un frère dont le retour d’initiation a fait ressurgir un traumatisme d’enfance, enfin accepté.

La discussion glisse vers le Grand Architecte de l’Univers, que Claudia qualifie d’« astronomiquement vague » : au Rite Écossais Ancien et Accepté, chacun lui donne sa propre définition et l’ordre accueille athées, non-baptisés et excommuniés ; au Rite Écossais Rectifié, en revanche, le Grand Architecte est clairement le Dieu chrétien. D’autres rites, comme le rite émulation, se passent carrément de planches : tout y est appris par cœur. Un détour historique rappelle au passage que la Bible elle-même n’est réellement accessible au grand public que depuis peu.

De la thèse à la page blanche

Chacun a sa méthode. Claudia procède par thèse, antithèse et synthèse : elle choisit toujours un symbole qu’elle ne comprend pas, l’explore pendant des mois… puis rédige la veille de la tenue. Elle refuse pourtant l’idée d’une structure imposée.

« On est des gens qui cherchent. En cherchant, on peut chercher de plein de façons et on va tous chercher différemment. »

— Claudia

Ses recherches offrent deux savoureuses leçons contre le réflexe conspirationniste : le mystérieux temple égyptien de la rue Sherbrooke n’était qu’un ancien théâtre des années 1930, et l’édifice « satanique » de la rue Notre-Dame, un ancien poste de pompiers dont la tour servait à faire sécher les boyaux. Sylvain, lui, s’appuie sur les questions du journaliste — quand, comment, pourquoi — tandis que Franco combat son syndrome de la page blanche grâce à une astuce de Sylvain : noter d’abord ses idées en une ligne, puis développer chaque bloc. Et pour rassurer les inquiets, le trio est formel : la qualité du français importe peu, seule compte la sincérité de l’expérience partagée.

Ressources et mot de la fin

Pour aller plus loin, l’équipe recommande quelques ouvrages sur l’art de la planche, dont les livres de Christian Guigue destinés aux apprentis, compagnons et maîtres. On y évoque aussi l’ordre initiatique de l’Art royal (le « Wattard » / OITAR), lié au rite opératif de Salomon, et sa pratique des planches spontanées. La prochaine émission portera sur la rhétorique maçonnique en loge. Sylvain referme le tout d’un clin d’œil bien senti : à défaut d’inspiration, chacun possède chez lui un « cabinet de réflexion » tout indiqué pour méditer son prochain sujet.

Chapitres

Sujets : Planches maçonniques · Symbolisme maçonnique · Rite Écossais Ancien et Accepté · Grand Architecte de l'Univers · Rite émulation · Franc-maçonnerie québécoise · Podcasts

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