Épisode 14 · · par Franco Huard

Émission #14 – “On The Road” – Le COMAM à NYC!

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Franco reprend la route 87 vers Montréal, un frère à ses côtés et le cœur rempli de joie. « On the Road » est une émission mobile, enregistrée au retour du COMAM tenu cette année à New York — avec, en prime, une deuxième moitié qu’il a fallu réenregistrer parce que l’animateur avait oublié d’appuyer sur « rec ». À bord: son frère Yves, du Grand Orient du Québec, promu « el traductor » du voyage puisque la majorité des échanges se déroulaient en espagnol.

Retour de New York: le COMAM à Montréal l’an prochain

Le COMAM — la Conférence Maçonnique Américaine — réunit les obédiences des Amériques (Nord, Centre et Sud) au sein du CLIPSAS. Cette année, dix-sept obédiences étaient présentes à New York, dont onze membres du COMAM et six observateurs; les restrictions de visas ont sans doute compliqué la venue de plusieurs délégations latino-américaines. La grande nouvelle: Franco a présenté Montréal pour accueillir la rencontre l’an prochain, et la candidature a été votée à l’unanimité. Deux congrès s’en viennent donc au Québec, une occasion en or de montrer la maçonnerie québécoise et d’inviter toutes les loges à venir goûter, en observateurs, à la fraternité internationale.

Le voyage n’a pas été sans imprévu: la maison réservée sur Airbnb a été annulée la veille — des problèmes de plomberie — avant qu’un meilleur deal ne se présente, un hôtel à Secaucus, au New Jersey. Pour Yves, c’était un premier COMAM: « un potentiel qui demande à être actualisé », une affaire d’organisation, d’idées courageuses et de temps.

L’empreinte française sur la maçonnerie des Amériques

L’obédience qui les a reçus — une grande loge hispano-américaine de New York — a obtenu ses lettres patentes du Grand Orient de France en 1900. La même année, le Grand Orient fondait à New York la Respectable Loge de l’Atlantide, aujourd’hui presque cent vingt ans d’histoire, animée par des fonctionnaires francophones des Nations Unies. Yves y a même remarqué la bannière de la Grande Loge féminine de Belgique.

De fil en aiguille, la conversation glisse vers une anecdote savoureuse: au lendemain de la guerre d’indépendance, des leaders comme Madison et Jefferson — plusieurs francs-maçons — auraient envisagé de faire du français la langue officielle du nouveau pays. L’anglais l’aurait emporté de justesse, le français arrivant deuxième. Yves rappelle aussi la dette du système politique américain envers Montesquieu (les « checks and balances ») et Rousseau. L’influence française remonte plus au sud encore: le Grand Orient du Paraná, au Brésil, tient lui aussi ses lettres patentes du Grand Orient de France.

Une pause gourmande sur la route 87

Hors maçonnerie, Franco avait ses objectifs bien à lui: le Cheesecake Factory, « les meilleurs gâteaux au fromage sur la planète », et Los Tacos No. 1, près de Times Square, où il a retrouvé le fameux goût des tacos al pastor — celui qu’il ne connaissait qu’au Mexique et, depuis peu, au restaurant La Nacional à Montréal. Yves, lui, a tenté le taco au cactus: curieux, mais pas le plus savoureux du lot. La blague de l’émission est née là — rendre obligatoire, dans les règlements généraux, au moins un cheesecake par année, « parce que le fromage dans le gâteau élève la conscience ».

Être franc-maçon au 21e siècle

Le cœur de l’émission est une longue réflexion, inspirée d’un échange avec le frère Louis: comment être franc-maçon au 21e siècle quand nos rituels et nos principes ont été rédigés au 18e? Louis, devenu végétarien, illustre l’idée qu’un engagement maçonnique est total, pas à temps partiel, et qu’il doit se confronter aux enjeux du présent. C’était d’ailleurs le thème des planches du vendredi: rendre notre engagement durable dans un monde où tout est éphémère.

Yves remonte à l’étymologie grecque du mot « symbole »: un vase que deux amis, devant se séparer, brisaient en deux, chacun emportant sa moitié; en se retrouvant des années plus tard, parfois par-delà les décennies, ils recollaient les morceaux — le rituel de l’amitié retrouvée.

« Le symbole, c’est un morceau du passé qui vient illuminer le présent de la chaleur et de l’amitié. »

— Yves

Les rituels ne doivent donc pas être figés dans le passé, sans pour autant être altérés au gré des caprices. Contre le « fantasme de la pureté originelle » des années 1800, Yves plaide pour un juste milieu: des structures démocratiques, des instances compétentes, une réflexion à moyen terme et une concertation avec les autres obédiences — d’où l’utilité d’instances comme le COMAM et le CLIPSAS.

L’ego, l’alter ego et la triangulation de la parole

Franco constate, dans son propre rite — le Rite Écossais Ancien et Accepté —, de multiples dérives montréalaises, jusqu’à des loges qui dénaturent le rite au point qu’il n’en reste que les décors. Yves l’explique par un certain repli de la jeune maçonnerie québécoise, qui existe depuis les années 1970: affranchie de toute tutelle, elle est parfois tentée de « travailler le rite à sa manière ». Le remède: se placer sous le regard des autres par les inter-visites d’une maçonnerie mondiale et universelle.

Sur l’ego, Yves surprend: il n’est pas venu en maçonnerie pour effacer le sien. L’orgueil et l’ambition peuvent servir de nobles causes, à condition de trouver son « alter ego » et de pratiquer la triangulation de la parole — ce troisième point du triangle qui réconcilie les positions opposées. Ce n’est pas la diminution de l’ego, dit-il, mais son élévation vers ce que Carl Gustav Jung appelait « le soi ».

Questions du public: corruption, richesse et sagesse

Vient le segment des questions du public. Un auditeur d’Afrique écrit vouloir adhérer « pour devenir riche et célèbre ». Yves ne l’esquive pas: une partie de la maçonnerie mondiale, africaine notamment, est une maçonnerie de pouvoir liée au pillage des ressources du continent, éclaboussée de scandales. Cette image colle à la peau de tous les maçons — au point qu’un grand intellectuel québécois, invité à donner une conférence dans leur temple, s’est désisté par crainte de l’amalgame avec une « franc-maçonnerie dévoyée ».

La réponse de Franco et Yves: travailler sur soi, sur sa pierre brute, apprendre à voir la poutre dans son propre œil, puis rayonner sur le monde profane — car la maçonnerie vise un perfectionnement à la fois individuel et social. En clôture reviennent deux paroles rituelles: « laisser ses métaux à la porte » et « je me retire en paix sous la loi du silence ». Le tout scellé par la chaîne d’union, qui relie les frères dans le temps comme dans l’espace.

« Chaque homme a deux anses; prends-le par l’anse où il est ton frère. »

— Épictète, cité par Yves

Chapitres

Sujets : COMAM · CLIPSAS · Grand Orient du Québec · franc-maçonnerie libérale · symbolisme maçonnique · Rite Écossais Ancien et Accepté · Podcasts

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