Épisode 46 · · par Franco Huard
Sous le Bandeau #46 – La liberté
C’est un épisode enregistré le soir de l’Halloween 2020, en plein deuxième confinement, que Franco, Sylvain et Claudia consacrent à un mot immense : la liberté. Faute d’invités ce soir-là, le trio se lance seul dans une conversation qui glisse vite du philosophique au maçonnique, de la définition du dictionnaire jusqu’à l’art royal de devenir souverain de soi-même.
Halloween, confinement et une maçonnerie qui tient bon
On commence léger : les décorations d’Halloween à Laval, la page Facebook du Père Noël que Sylvain anime bénévolement chaque année, la diète et les vingt-sept livres que Franco a perdues (de 203 à 176). Puis vient le contexte, celui de l’automne 2020. Pendant que la France referme ses temples pour cause de reconfinement, les loges québécoises restent ouvertes, considérées comme lieux de culte. « On a toujours aujourd’hui la liberté », lance Franco — le fil rouge de l’émission est tiré.
Le crime organisé, pas les francs-maçons
Avant le sujet du jour, deux nouvelles de l’actualité maçonnique. La première : des menaces de mort proférées sur Twitter contre le grand maître de la Grande Loge de France, sur fond de vague anti-maçonnique et de théories du complot autour de la pandémie. Sylvain, qui travaille dans le domaine de la fraude, recadre sans détour : le vrai problème n’est ni les francs-maçons ni les Illuminati, c’est le crime organisé. La seconde nouvelle : le communiqué officiel des obédiences françaises annonçant la fermeture des temples à partir du 29 octobre. De quoi lancer une blague — transformer les lieux de culte en chantiers de construction, pour que les maçons spéculatifs redeviennent opératifs.
La liberté de penser avant tout
Sylvain pose une définition en creux — le dictionnaire décrit surtout ce que la liberté n’est pas — avant que Claudia n’ouvre le jeu : la première liberté serait celle de s’auto-gouverner, en cohérence avec le triptyque liberté, égalité, fraternité. Pour Sylvain, tout part de la liberté de penser, celle qui n’est astreinte à aucun dogme ; viennent ensuite la liberté physique et la liberté de religion, bornées par un principe simple : ma liberté s’arrête où commence celle des autres. Il distingue aussi la restriction sanitaire en démocratie de la vraie dictature, où l’on emprisonne sans jugement ni défense.
Réseaux sociaux, consentement et contrats
C’est le cœur de l’échange. Franco s’inquiète d’une liberté d’expression « privatisée » : sur Facebook, Twitter ou YouTube, ce sont des entreprises privées qui fixent les règles. Il renvoie au documentaire The Social Dilemma et aux cas de censure et de démonétisation. Sylvain retourne l’argument avec la notion de consentement : en acceptant les conditions d’une plateforme — comme celles de n’importe quel contrat — on renonce soi-même à une part de sa liberté. La véritable liberté, pour lui, passe par le recul, illustré par cette pensée d’Osho :
« Être libre, c’est être rebelle. Un rebelle observe et comprend tout le manège, et décide simplement de ne pas en faire partie. »
— Osho, cité par Sylvain
Le rebelle n’est pas le révolutionnaire qui s’épuise à lutter ; il prend ses distances sans haine. Sylvain raconte d’ailleurs sa propre sortie d’un passé conspirationniste devenu dogme, cette prison intérieure dont il a fini par se libérer.
La liberté spirituelle et l’art de devenir souverain
La conversation monte d’un cran. Franco évoque la philosophie égyptienne — le cœur pesé contre la plume devant Anubis — et l’idée d’un retour à un état de perfection originelle. Claudia insiste : la liberté spirituelle est intérieure, personne ne peut nous l’enlever ; et si on ne l’a pas, c’est souvent qu’on se l’est retirée soi-même. Tous convergent sur la franc-maçonnerie comme école des mystères : elle n’enseigne rien, elle laisse chercher, elle rend autonome. Non pas une secte avec un gourou, mais un art royal pour devenir souverain de soi-même. Les questions du clavardage — de Thibaud, Ronan et Vincent — prolongent le propos jusqu’au contexte des Lumières, quand les loges offraient un rare espace pour parler science, médecine et ésotérisme sans risquer l’excommunication.
« Libre et de bonnes mœurs » : la liberté selon les maçons
En clôture, chacun son mot. Claudia invite à observer ses propres réactions pour mesurer sa liberté intérieure. Sylvain, en juriste amateur, décortique le contrat — consentement libre et éclairé, divulgation des conditions, contrepartie valable — jusqu’à l’exemple du resto-minute : on signe des dizaines de contrats par jour sans même s’en rendre compte. Franco rappelle, avec Benjamin Franklin, le prix d’une sécurité payée en libertés, et referme l’émission sur une définition lumineuse :
« La franc-maçonnerie est l’art de devenir roi, c’est-à-dire l’art de devenir un homme libre, agissant selon sa volonté. »
— Daniel Béresniak, « Le grand œuvre de la franc-maçonnerie »
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