Épisode 49 · · par Franco Huard
Sous le Bandeau #49 – Rire Sans Tabous avec Jean-François Mercier
Comment rire de ce qui dérange sans blesser ? C’est tout le pari de Jean-François Mercier, finissant de l’École nationale de l’humour et co-auteur des Bougons, devenu l’animateur de la série Rire sans tabou. Après le passage de Franco à la télévision pour parler de franc-maçonnerie, l’humoriste s’installe au micro de Sous le Bandeau, aux côtés de Sylvain et Claudia, pour une conversation qui glisse sans prévenir du rire franc à l’introspection la plus nue.
Rire sans tabou : un concept belge revisité au Québec
À l’origine, Rire sans tabou est un concept de la Belgique flamande, repris et adapté au Québec. Le principe : Jean-François passe trois jours dans un chalet avec des gens qui vivent une problématique taboue, le temps de devenir leur ami. Il monte ensuite un spectacle où il rit de leur réalité — mais toujours de façon respectueuse et affectueuse, devant eux, leurs proches et le public.
« Quand tu passes du temps avec du monde dans un chalet, tu deviens amis, et tu peux aller beaucoup plus loin dans l’humour avec tes amis qu’avec des étrangers. »
— Jean-François Mercier
Là où la version belge n’a tenu qu’une saison, l’équipe québécoise a réussi à en tourner une deuxième, quitte à devancer un tournage original plus lent et mieux financé.
Quand la maçonnerie passe à la télé
C’est dans l’épisode « Croyances alternatives » que la franc-maçonnerie s’est retrouvée à l’écran, aux côtés d’une prêtresse vaudou, d’une sorcière et d’une femme qui dit parler aux anges. Franco y représentait la maçonnerie. Un segment a particulièrement secoué l’humoriste : celui où une cartomancienne lui tire les cartes et vise si juste, sur sa vie privée, qu’il en a reparlé pendant des heures après le tournage.
L’expérience a tellement marqué Jean-François qu’il s’est procuré de l’équipement et a commencé à écrire un documentaire sur les tabous de la maçonnerie — un sujet que l’émission, faute de temps, n’avait fait qu’effleurer. Mais l’épisode qui l’a le plus bouleversé reste celui sur l’analphabétisme, où l’injustice vécue par ces personnes rejetées du marché du travail l’a rempli de compassion.
De la théorie du complot à la loge
Avant la maçonnerie, Sylvain et Franco fréquentaient les milieux conspirationnistes. Sylvain raconte être entré dans la fraternité avec l’idée de l’« infiltrer », tant les histoires qui circulaient sur internet l’avaient troublé — au point d’imaginer un cercueil au sous-sol de la loge. Ce qu’il a découvert était à des kilomètres du mythe. La discussion débouche sur une nuance essentielle : quand des individus commettent des fautes, c’est à eux qu’il faut les imputer, pas à l’institution — comme on ne saurait réduire toute une religion aux crimes de quelques-uns.
Les Lumières, les cathédrales et les savoirs perdus
Sylvain rappelle l’essor de la maçonnerie au siècle des Lumières, quand scientifiques, philosophes et médecins, muselés par l’Église, se réunissaient en loge pour penser librement. De là, dit-il, sont venues des avancées majeures : droits de l’homme, abolition de l’esclavage, droits des femmes et des autochtones. Jean-François, bachelier en actuariat, embraie sur les mathématiques cachées des cathédrales et sur ces savoirs anciens qu’on semble avoir perdus — un pont moderne coûte plus cher et dure moins longtemps qu’autrefois. La conversation dérive vers notre dépendance à la technologie, ce cellulaire devenu « l’extension de notre cerveau ».
Bonne ou mauvaise personne : travailler la pierre brute
Revient alors une question que Jean-François se fait poser sur tous les plateaux : es-tu une bonne personne ? Sa réponse est d’une franchise désarmante. Il évoque aussi la haine en ligne, ces trolls qui lui souhaitent le pire, et le détachement qu’il faut cultiver pour ne pas s’y noyer. L’équipe fait le pont avec le symbole maçonnique de la pierre brute : le maillet et le ciseau avec lesquels on se façonne, en pleine conscience de ses qualités comme de ses défauts.
« Je pense que j’ai une bonne personne à l’intérieur de moi, et j’ai une mauvaise personne à l’intérieur de moi. Je sors celle qui me permet de passer à travers la vie. »
— Jean-François Mercier
L’intimidation, la passion et la solitude du confinement
Franco confie avoir été bouleversé par le numéro « Je ne veux pas mentir à mes enfants », sur l’intimidation. Chacun y va de son histoire : les arts martiaux, la confiance qu’ils redonnent, l’exemple de Georges Saint-Pierre. Claudia rappelle un proverbe qui résume tout un art :
« Ne crains pas la personne qui connaît mille techniques. Crains la personne qui a pratiqué mille fois la même technique. »
— Claudia
L’émission se termine sur un ton plus grave : la solitude des frères et sœurs en plein confinement, les loges virtuelles improvisées, la pyramide des besoins de Maslow décortiquée par Claudia, et la détresse psychologique qui monte. Le message de la fin est simple et lumineux : tendre la main, passer un coup de fil, prendre le temps de demander « ça va-tu ? ». Franco rappelle son engagement auprès de Moisson Montréal, et l’équipe donne rendez-vous à sa conférence « Comment devenir franc-maçon en 2021 ».
Chapitres
Sujets : franc-maçonnerie · COVID-19 · Podcasts

