Épisode 40 · · par Franco Huard

Sous le Bandeau #40 – La Kabbale

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Quarante épisodes, trois ans d’antenne et un studio en pleine reconstruction : c’est dans l’ambiance particulière du confinement du printemps 2020 que Franco, Sylvain et Claudia accueillent deux voix nouvelles pour une émission résolument mystique. Le frère Yves signe sa première participation, et l’équipe reçoit depuis Marseille l’autrice Lina Chelli pour explorer un sujet qui fascine autant qu’il inquiète : la Kabbale, et ses résonances au cœur de la franc-maçonnerie.

Une autrice « qui reçoit » plutôt qu’elle n’écrit

Lina Chelli n’a, dit-elle, ni le savoir ni la culture pour disserter doctement de la Kabbale. Pourtant, ses acrostiches sur les lettres hébraïques et sur les grands mots de la tradition circulent de main en main dans le monde maçonnique. Son secret ? Elle écrit dans les bars, dans le bruit, entourée d’inconnus, dès qu’un « petit rayon de lumière » l’atteint. Les mots viennent seuls, sans qu’elle les cherche, comme dictés par une voix intérieure.

« C’est comme si on m’éditait. Je ne cherche pas mes mots. »

— Lina Chelli

Cette posture de réception, plus que de composition, donne le ton de toute l’émission : ici, on ne démontre pas la Kabbale, on la laisse résonner.

La Kabbale, mot à mot

Interrogée sur sa définition, Lina répond d’abord par un acrostiche, en alexandrins, sur les lettres mêmes du mot. Yves prend ensuite le relais avec une lecture plus étymologique et symbolique. Il décompose le terme : le « ca », qu’il rapproche de l’aiguillon, cet outil pointu qui oriente le troupeau sans jamais le blesser ; puis le « aba », le Père. La Kabbale devient ainsi une orientation vers la source, une histoire d’amour entre l’âme et la matière, entre le créateur et sa créature. Il insiste sur un autre jeu de sens : la Kabbale est d’abord un repère, dont « on ne peut sortir qu’avec le Père ». Chacun, souligne-t-il, dialogue à sa manière avec cette source, selon sa culture, ses lunettes et ses expériences de vie.

Aleph, Vav et le Verbe créateur

Le cœur de l’échange porte sur les lettres hébraïques. Yves détaille l’Aleph — un vav incliné entre deux iodes, ces « antennes » tournées l’une vers le ciel, l’autre vers la terre, image de l’équilibre et de l’union des deux mondes. Le Vav, lui, est le crochet, l’axe, presque un diaphragme qui sépare et unit à la fois. Lina lui répond en lisant ses acrostiches d’Aleph et de Vav, et s’étonne de voir ses intuitions rejoindre les explications d’Yves alors qu’elle ne connaît pas l’hébreu.

Yves emprunte au poète Gilles Vigneault une image qui traverse l’épisode : le mot qui descend vient du silence qui l’engendre. Le Verbe, pour lui, est d’abord vibration et désir cosmique, qui s’est densifié en lumière puis en forme. D’où l’importance de la méditation et du silence : on ne court pas après la connaissance, on se rend réceptif à ce que les lettres ont à dire — certaines, avoue-t-il, ne lui ont pas encore parlé.

L’arbre séphirotique dans la loge

La discussion glisse vers l’arbre séphirotique et ses dix sphères, que Sylvain et Claudia relient directement au rituel. La disposition des officiers en loge, la circulation de la parole du vénérable aux surveillants épouseraient le schéma de l’arbre. Claudia évoque le lien microcosme–macrocosme jusque dans l’ADN, et surtout une découverte qui l’a marquée : une onzième séphire invisible, située là où repose le volume de la loi sacrée. Prêter serment engage alors non seulement le monde physique, mais aussi le monde invisible, dans le temps comme dans l’espace. Franco déroule pour sa part le chemin de Malkuth, la réalité terrestre où l’on laisse ses métaux, jusqu’à Kether, la couronne : remonter à la source, de l’extérieur vers l’intérieur du temple. Yves y voit les épousailles du roi et de la reine, de ce qui est en haut et de ce qui est en bas.

Origines, spiritualité et transmission

En fin d’émission, Sylvain rappelle que plusieurs auteurs font remonter la Kabbale bien au-delà de ses racines juives — jusqu’au livre de Thot, au livre des morts égyptien ou à Akhenaton. Il resitue aussi la naissance du Rite Écossais Ancien et Accepté en 1804, héritier des hauts grades d’Étienne Morin, dans une époque à la forte saveur ésotérique. Reste une question vive : perd-on la spiritualité en maçonnerie ? Pour Lina, la spiritualité ne se perd pas — ce sont certains maçons qui « n’ont rien compris ». Pour Yves, elle est la plus haute forme d’intelligence, celle qui met en union avec le Créateur. Tous constatent une désacralisation du dernier siècle, mais aussi une soif renaissante, qui se dit désormais avec le vocabulaire de la physique quantique.

« Ce chemin, c’est le chemin des épousailles : que le masculin épouse son féminin intérieur pour être épousé de lui. »

— Yves

L’émission se referme sur les remerciements d’usage et l’annonce d’une tenue maçonnique par Internet, prévue le 9 mai à midi (heure du Québec), un rendez-vous rendu nécessaire — et possible — par le confinement.

Chapitres

Sujets : Kabbale · Franc-maçonnerie · Arbre séphirotique · Rite Écossais Ancien et Accepté · Podcasts

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