Épisode 60 · · par Franco Huard

Sous le Bandeau #60 – Les colonnes

Télécharger l'audio (MP3)

Pour marquer sa soixantième émission, Sous le Bandeau chausse ses lunettes et réunit Franco, Sylvain et Claudia autour de la table. Ce qui commence par une célébration — un premier bébé de deux mois, le retour de Claudia après son congé, une entreprise que Sylvain rebâtit « comme le temple de Salomon » — glisse peu à peu vers le thème du jour : les colonnes. Celles qui soutiennent le temple maçonnique, mais aussi celles qui nous soutiennent, nous.

Une naissance, une renaissance

Claudia raconte son accouchement naturel comme une véritable épreuve initiatique. Sans péridurale, elle a dû affronter ses peurs, faire confiance à son corps et surtout lâcher prise. Le bébé sort, qu’on veuille le contrôler ou non : c’est, dit-elle, le plus grand lâcher-prise d’une vie. Elle relie l’expérience au delta lumineux, symbole du Grand Architecte de l’Univers, et à une pure épreuve de foi.

Sylvain prolonge la réflexion : quand il regarde sa fille dans les yeux, il touche « quelque chose de plus grand que nous ». D’un point de vue cabalistique, l’enfant sort de Malkuth pour expérimenter la matière avant de reprendre le chemin vers le haut de l’arbre de vie — un retour vers son état de perfection originel.

Naît-on parfait ?

Les colonnes s’ouvrent alors sur une grande question : commence-t-on parfait, pour apprendre ses imperfections et retrouver ensuite la perfection ? Claudia répond en citant une phrase tirée de « Chagrin d’école », de Daniel Pennac.

« On ne change pas, on devient. »

— Daniel Pennac

Chacun porte, dit-elle, « le germe de la perfection ». Sylvain image la divinité par un bibliothécaire qui, ayant lu tous ses livres, se fragmente en une multitude d’âmes pour s’expérimenter à travers l’humanité. Le nourrisson, qui ne fait encore qu’observer et écouter, incarne cet état de perfection resté silencieux.

Boaz et Jakin : les deux colonnes

Vient le cœur du sujet. Boaz et Jakin se dressent à l’entrée du temple : la colonne des apprentis et celle des compagnons, au Rite Écossais Ancien et Accepté — l’ordre pouvant être inversé au Rite Écossais Rectifié. Elles incarnent la dualité : la lune et le soleil, le silence et l’action, le féminin et le masculin, deux énergies que chacun porte en soi. Leurs inscriptions se rejoignent dans une même formule : « en lui la force il l’établira ».

Sylvain élargit la symbolique aux Premières Nations. La tente de sudation (sweat lodge) reproduit une loge naturelle, avec sa porte à l’occident, son orient, ses deux colonnes du féminin et du masculin sacrés, ses pierres appelées Grands-Mères et Grands-Pères, ses quatre directions et ses quatre éléments. Yin et yang, au fond, disent la même chose.

Sagesse, Force et Beauté

Au centre du pavé mosaïque veillent trois autres colonnes : la Sagesse, la Force et la Beauté — que l’on retrouve comme piliers sur l’arbre séphirotique, entre rigueur, miséricorde et équilibre, de Malkuth jusqu’à Keter. La sagesse pour découvrir la vérité, la force pour la faire durer, la beauté pour inspirer et garder l’espérance allumée. Laquelle prime ? Pour Sylvain, c’est la Force — comprise comme volonté et persévérance, la « force d’homme », la fortitude et le courage, à ne surtout pas confondre avec la force brute qu’on impose aux autres. Il évoque aussi les Templiers, qui « cachaient l’or dans le plomb » : il faut briser le plomb pour révéler l’or intérieur, promesse d’une future émission sur l’alchimie.

La quatrième colonne et le triangle de Karpman

Reste la quatrième colonne, invisible : l’emplacement de l’initié, celui qui, ayant acquis les trois vertus, prend enfin sa place. De là, on observe le pavé mosaïque — les cases blanches et noires de nos expériences — sans se laisser happer. Sylvain y greffe le triangle de Karpman : tant qu’on joue le bourreau, le sauveur ou la victime, on finit toujours victime. Il raconte s’être payé quatre ans de coaching pour apprendre à s’extirper de ce jeu et vivre « en conscience » plutôt qu’« en souffrance ». La discussion s’étend à la radicalisation et au complotisme — un terrain que Sylvain a lui-même connu avant de découvrir la maçonnerie — et à l’importance de la liberté de penser, affranchie de tout dogme.

La pierre cachée

En clôture, Sylvain rappelle qu’un temple ne tient pas sur une seule colonne : la famille et les amis en sont autant d’appuis. « Vous êtes tous une colonne dans ma vie. » Le mot de la fin converge vers l’amour. Claudia y voit la pierre cachée dont parle le cabinet de réflexion.

« La pierre cachée, c’est l’amour. »

— Claudia

Sylvain, lui, en fait une définition de la sagesse : voir l’acte d’amour dissimulé derrière chaque geste, même le plus blessant. Et Franco de conclure d’une consigne — « soyez la quatrième colonne » —, en pleine maîtrise de ses émotions, à les vivre en conscience plutôt qu’en souffrance.

Chapitres

Sujets : Franc-maçonnerie · Arbre séphirotique · REAA · Symbolisme maçonnique · Podcasts

Soutenir l'émission

Passez derrière le bandeau

Sous le Bandeau vit grâce à ses membres. Sur Patreon, accédez aux contenus exclusifs et aux coulisses — et gardez le podcast libre, sans compromis et sans pub.