Épisode 36 · · par Franco Huard

Sous le Bandeau #36 – Le Dogmatisme En Philosophie

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Comment distinguer une conviction solide d’un dogme qui nous enferme ? En plein confinement du printemps 2020, alors que les loges sont au repos et que les tenues commencent à migrer sur Zoom, l’équipe de Sous le Bandeau s’attaque à une question qui traverse autant la franc-maçonnerie que la vie de tous les jours : le dogmatisme. Franco Huard et Sylvain reçoivent Claudia, Mitch — branché depuis la France — et Éric pour un échange franc sur la vérité, la libre pensée et les dérives de la certitude.

Le confinement, la maçonnerie et les tenues numériques

L’émission s’ouvre sur le quotidien du confinement : Sylvain, qui vient de perdre son emploi, se raccroche à un horaire strict ; Claudia découvre le télétravail ; Franco s’improvise un mannequin de jiu-jitsu maison à coups d’oreillers et de serviettes de plage. Depuis la France, Mitch raconte une réalité plus lourde, où l’accès aux tests exige une prescription médicale et de longs délais.

Côté maçonnique, tout est à l’arrêt en Europe. Mais un événement marque les esprits : la Rudyard Kipling Lodge, loge souveraine non affiliée, a tenu la toute première tenue numérique de France, au rite émulation, sur Zoom. Plus de quatre-vingts frères y ont participé, de l’Italie à l’Angleterre, et le tronc de l’aveugle — récolté par un simple lien PayPal — a totalisé près de mille euros reversés à une association de soignants. Une image concrète de ce que peut être une franc-maçonnerie réellement universelle.

Le dogmatisme, entre définition et libre pensée

Sylvain, qui a proposé le sujet, part de la définition : un courant de pensée supposant une vérité « universelle, immuable et incontestable ». Il en parle en connaissance de cause, ayant lui-même fréquenté les milieux conspirationnistes, où l’on adhère à des « vérités » sans jamais les vérifier. Pour lui, le dogmatisme est une source de division dans le monde — et Claudia ajoute qu’il divise d’abord à l’intérieur de soi. Tous s’accordent sur un point : passer par le dogme fait partie du cheminement humain, à condition de finir par exercer sa liberté de penser, cette première valeur de la devise maçonnique.

La franc-maçonnerie est-elle un dogme ?

Mitch, élevé dans le catholicisme, avoue avoir longtemps pris la maçonnerie pour un dogme parmi d’autres avant de s’y éprouver. La discussion creuse la frontière entre un dogme et un simple règlement. Éric, qui pratique le Rite Écossais Rectifié, insiste : accepter des candidats chrétiens ou en voie de le devenir relève d’un code, d’un chemin, pas d’une vérité imposée. Franco propose une lecture plus provocatrice : les religions fonctionnent comme des commerces avec leur clientèle, ce qui expliquerait pourquoi l’Église a longtemps voulu excommunier les maçons. Sylvain rappelle pour sa part qu’au siècle des Lumières, c’est dans les loges que la classe intellectuelle a pu développer les sciences et les arts que l’Église proscrivait.

Quand le dogme bascule dans la radicalisation

Le vrai danger, martèle l’équipe, n’est pas le dogme mais sa version durcie : le fanatisme et la radicalisation. Sylvain se souvient d’avoir été traité d’« imposteur » par un frère persuadé de détenir seul la vérité, et la conversation glisse vers la vieille tension entre maçonnerie anglophone et francophone au Québec, ou entre réguliers et libéraux dans les quelque soixante-dix obédiences françaises. Comment s’en prémunir ? Mitch offre une clé simple et mémorable.

« Le meilleur moyen de combattre un dogmatisme, c’est de changer le tu dois et le tu ne dois pas par un qu’est-ce que tu penses et qu’est-ce qui est le mieux. »

— Mitch

Claudia complète : c’est l’ouverture d’esprit, cette capacité à écouter sans rejeter d’emblée ni imposer sa vérité aux autres, qui désamorce le dogmatisme.

Reptiliens, Mopses et la Tradition

Sylvain rappelle qu’écouter n’est pas adhérer : même une théorie de David Icke sur les reptiliens mérite d’être entendue, puis validée par soi-même plutôt que rejetée par principe.

« L’esprit, c’est comme un parachute. S’il est fermé, tu vas t’écraser. S’il est ouvert, tu vas réussir à atterrir sur tes deux pieds. »

— Sylvain

L’échange fait un détour savoureux par les Mopses, société de salon d’Europe centrale, contemporaine des illuminati, dont le rituel empruntait au carlin. Puis Claudia introduit une distinction précieuse : la Tradition avec un grand T — le chemin initiatique de l’être humain — n’est pas la même chose que les traditions, appelées à évoluer pour rejoindre les gens. Éric illustre le propos avec son ordre, le Directoire national rectifié du Franc-Canada, resté fidèle aux écrits de Jean-Baptiste Willermoz tout en faisant le choix de la mixité.

Les mots de la fin

Chacun referme le sujet à sa manière. Sylvain raconte, plus grave, sa tentative d’éclairer un conspirationniste qui a fini par l’accuser d’être un criminel de guerre, et se souvient d’un ami radicalisé qui s’est enlevé la vie. Claudia invite à accepter que nos vérités changent au fil de nos expériences. Mitch souhaite continuer à combattre son propre dogme pour ne pas en adopter d’autres. Éric, enfin, rappelle qu’une part de dogme est nécessaire, à condition de ne jamais la confondre avec la tradition.

Chapitres

Sujets : Franc-maçonnerie · Rite Écossais Rectifié · Grand Orient de France · Radio Delta · Podcasts

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