Épisode 90 · · par Franco Huard

Sous le Bandeau #90 – Le journalisme en franc-maçonnerie

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En franc-maçonnerie, on répète volontiers que l’ordre est « discret, pas secret ». Pourtant, dès qu’une plume s’approche des coulisses, les alarmes se mettent à sonner. Pour l’épisode 90 de Sous le Bandeau, Franco Huard reçoit Franck Fouqueray, fondateur de 450.fm — le plus grand média francophone consacré à la franc-maçonnerie — afin de parler d’un métier que personne n’aime vraiment : journaliste maçonnique.

Des premières neiges aux mariachis

Avant d’entrer dans le vif du sujet, les deux hommes comparent leurs hivers, le Québec se moquant gentiment d’un Paris paralysé par trois centimètres de neige. Franco annonce ensuite ses prochains déplacements : un passage à Paris pour une réunion au Grand Orient de France autour d’un projet d’union entre obédiences libérales, puis un mois au Mexique, où il compte visiter des loges. Il raconte une tenue inoubliable à Playa del Carmen — accueilli par une délégation, des mariachis en pleine cérémonie et l’obligation de chanter le « Ô Canada » devant toute l’assemblée. L’épisode salue au passage un nouveau commanditaire premium, Planchers Goyette.

Enquêter dans un village où tout le monde se connaît

Franck Fouqueray décrit un milieu où l’investigation ressemble à une enquête dans un petit village : tout le monde se connaît, et celui qui rapporte une mauvaise nouvelle devient aussitôt le coupable. Il convoque le mythe de Cassandre — on coupe la tête au porteur du mauvais message. Tant qu’on parle du symbolisme des grenades, tout va bien ; mais qu’on évoque un frère parti avec le tronc de la veuve ou un détournement de 60 000 euros, et l’ambiance change. Le journaliste, conclut-il, est toujours craint, jamais aimé. L’omerta n’est pas qu’une loi du silence : elle protège de petits intérêts et réveille chez certains une peur héritée des heures sombres où les maçons craignaient d’être dévoilés.

« Si tu veux te faire des amis, ouvre un compte Facebook — mais n’ouvre pas un journal maçonnique. »

— Franck Fouqueray

450.fm : la franc-maçonnerie sous tous ses angles

Le nom du média est un clin d’œil : 450, c’est 360 degrés du compas et 90 de l’équerre — large et profond. Les chiffres donnent le vertige : 210 000 lecteurs sur trois mois, dont la moitié arrivent par Google, 8 700 articles en ligne, cinq parutions par jour et 38 000 courriels envoyés chaque matin, sans jamais manquer une seule journée depuis bientôt cinq ans. Fidèle à sa devise — « la franc-maçonnerie sous tous ses angles » —, le journal ouvre ses colonnes à des non-maçons : un rabbin, un spécialiste du taoïsme, ou encore le grand maître d’un ordre rosicrucien. Franck insiste sur l’indépendance totale de la structure : lancée grâce à un héritage familial, montée en association sans but lucratif, animée uniquement par des bénévoles, sans publicité ni annonceur. Ce qui doit être payé l’est notamment grâce aux Éditions LOL.

Pouvoir, immobilier et concurrence entre obédiences

Franck brosse la carte de la maçonnerie française : huit obédiences rassemblent 92 % des membres, alors que les maçons ne représentent que 0,24 % de la population. Le Grand Orient de France, à lui seul, en compte environ 52 000. Or ces grandes structures ont massivement investi dans l’immobilier ; pour amortir leurs temples et respecter les normes, elles doivent les louer, donc contrôler les loges — et l’information qui va avec. Un média indépendant qui échappe à ce contrôle dérange forcément. Franco témoigne d’ailleurs des attaques personnelles qu’il a subies au moment de l’affaire du CLIPSAS, deux ans plus tôt : on lui reprochait des articles qu’il n’avait même pas écrits, simplement parce qu’ils paraissaient sur sa plateforme.

Assumer l’imperfection

Loin de flatter l’ordre, Franck revendique le droit d’en montrer aussi le versant sombre. Dès son premier livre, « Manuel de survie pour apprentis maçons voulant démissionner », il prévient : qui cherche la perfection en loge s’est trompé d’adresse. La vraie question n’est pas de trouver des êtres parfaits, mais de savoir ce que l’on fait de l’imperfection. Il évoque l’affaire de la loge Atanor, dont plusieurs membres — issus des services secrets — doivent passer en procès pour des faits criminels : « ce ne sont pas des maçons devenus criminels, mais des criminels à qui l’on a remis un tablier ». Puis il file une métaphore savoureuse : se croire important en maçonnerie, c’est comme être riche au Monopoly ou collectionner les amis Facebook. On vient travailler sur des mythes ; celui qui prend le jeu au sérieux n’a rien compris.

« La loge, ce n’est pas un lieu de perfection : c’est un lieu de perfectionnement. »

— Franck Fouqueray

Conseils aux plumes et un mot sans fin

À qui rêve de se lancer, Franck conseille de ne pas s’épuiser sur un blogue solitaire lu par cinquante personnes, mais de proposer ses textes à un média déjà doté de lecteurs et d’une vraie diffusion : sur 450.fm, un article peut dépasser le millier de vues en quelques jours, et une chroniqueuse cumule déjà plus d’un million de lectures. Son mot de la fin refuse toute conclusion : l’information ne s’arrête jamais, et la maçonnerie doit s’ouvrir aux nouvelles générations plutôt que de rester « un club de vieux ». Malgré les pressions, les poursuites et l’exclusion d’un collaborateur, il se dit solide : « je plie mais je ne romps point ». Franco referme l’épisode en présentant Logia 360, le logiciel de gestion de loge qu’il développe — membres, finances, secrétariat, orateur virtuel assisté par intelligence artificielle, transcription automatique des tenues — bientôt disponible et appelé à s’intégrer à l’écosystème de 450.fm.

Chapitres

Sujets : 450.fm · Franck Fouqueray · Grand Orient de France · Franc-maçonnerie · Podcasts

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