Épisode 72 · · par Franco Huard
Sous le Bandeau #72 – Entrevue avec Stéphane Hamel
Après quelques mois passés sur la route à tourner des vlogues, Franco et Sylvain retrouvent le studio de Sous le Bandeau pour l’épisode 72 — et ils ne reviennent pas les mains vides. Leur invité, le frère Stéphane Hamel, coanime « En toute Franchise », une émission YouTube qui rassemble un public réputé contestataire aux côtés d’Amélie Paul. Membre fondateur de la CAQ devenu persona non grata pour s’être opposé au passeport vaccinal, franc-maçon assumé sur la place publique, il incarne à lui seul un « cocktail explosif ». Une heure de conversation franche sur la liberté de penser, le poids des dogmes et ce que la maçonnerie peut encore offrir à une société fracturée.
Une rentrée maçonnique bien remplie
Avant l’entrevue, les animateurs font le bilan d’un été chargé. Sylvain raconte le vlogue #35, où une demande en mariage à Claudia s’est doublée d’un escape room transformé en petit complot amical contre le « maître du jeu ». Côté commanditaires, Franco salue Nos Colonnes, le fournisseur de regalia capable de livrer des décors du 18e degré en quarante-huit heures, et annonce la naissance d’une maison d’édition maçonnique québécoise, La Roseraie des philosophes, qui rééditera « Souviens-toi que tu es vivant » d’Yves Vaillancourt — y compris en version audio lue par l’auteur.
Deux nouvelles marquent aussi la rentrée : la tenue d’un premier salon maçonnique au Québec et la signature, à Paris, d’un traité d’amitié avec le Grand Orient de France, l’une des plus anciennes obédiences au monde. Franco rappelle la petitesse du milieu — à peine 500 maçons libéraux au Québec — et l’importance d’une telle reconnaissance pour ouvrir de nouveaux travaux.
« En toute Franchise » : le pari du dialogue
Stéphane Hamel prend le micro pour raconter son émission, forte d’une soixantaine de numéros et de plus de 6 000 abonnés. L’idée de départ tenait de la provocation : réunir un membre fondateur de la CAQ, un franc-maçon et Amélie Paul, que les médias avaient sacrée « reine des complotistes ». Il tient d’ailleurs à désamorcer le mot : pour lui, « complotiste » est devenu une étiquette péjorative collée à quiconque pose trop de questions.
Amélie Paul et l’« assassinat numérique »
L’invité revient longuement sur le parcours de sa coanimatrice, qu’il compare à une « Jeanne d’Arc québécoise ». Satiriste au début de la pandémie avec ses capsules sur les masques, elle s’est retrouvée dans la tourmente après une entrevue avec Bernard Lachance, un homme que Radio-Canada l’a ensuite accusée d’avoir précipité vers la mort. Stéphane parle d’un véritable « assassinat numérique », sans droit de réplique.
Lui-même a payé son franc-parler : opposé publiquement au passeport vaccinal en juillet 2021, il a été exclu de la CAQ du jour au lendemain. Sa déception vise aussi ses frères : on aime rappeler que les maçons furent parmi les pères de la Déclaration universelle des droits de l’homme, mais peu se sont levés pour la défendre.
« La meilleure des façons de changer la société, c’est en discutant avec des gens qui ne sont pas toujours d’accord. »
— Stéphane Hamel
Dogmes, Baphomet et voitures électriques
La conversation s’attarde sur les dogmes — ceux des deux camps. Stéphane raconte comment une émission satirique sur le symbole du Baphomet a été reprise au premier degré par Alexis Cossette-Trudel, « le pape des complotistes ». Puis il déplace le débat vers un terrain inattendu : la voiture électrique, qu’il possède, et qui déclenche chez certains une réaction quasi religieuse. S’ensuit un échange nuancé sur le cobalt du Congo, les batteries sans cobalt de Tesla, l’énergie sans fil rêvée par Nikola Tesla et le projet de recharger sa voiture à l’aide de panneaux solaires. Le fond du propos : rouvrir le débat plutôt que de camper dans la colère.
La loge, refuge du fil à plomb
Pourquoi la maçonnerie tient-elle le coup quand la société se déchire ? Parce qu’on n’y parle ni de politique ni de religion, répond Stéphane. La loge devient un « think tank » où l’on se développe soi-même avant de prétendre changer le monde. Il confie avoir adopté « le silence de l’apprenti » quand les tensions montaient, préférant le travail symbolique aux affrontements. Le fil à plomb, image du centre intérieur, oscillait alors de gauche à droite chez bien des frères.
« On prend des hommes qui sont déjà bons, on les rend meilleurs pour qu’un jour la société soit meilleure. »
— Stéphane Hamel
Sagesse, rites et art royal
La fin d’épisode élargit encore l’horizon. Stéphane évoque une visite marquante à l’initiation d’un apprenti au Rite Écossais Ancien et Accepté, lui qui pratique le Rite Écossais Rectifié, et médite sur ce qui distingue — et rapproche — les rites. Il convoque les stades moraux de Lawrence Kohlberg et le roi philosophe de Platon pour rappeler que l’art royal vise l’homme souverain et libre de pensée. Sylvain, de son côté, repart avec l’envie d’écrire un recueil. « L’ordre jaillit du chaos », lance l’un des animateurs — une note d’espoir pour clore une heure passée trop vite.
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