Épisode 20 · · par Franco Huard
Émission #20 – Le premier surveillant
Janvier 2019, Montréal ploie sous une tempête et le mercure frôle les -35 °C. Qu’à cela ne tienne : l’équipe de Sous le Bandeau se retrouve autour de la table pour clore sa série sur les officiers surveillants. Après le second surveillant, place au premier — ce « deuxième maillet » qui veille sur la colonne des compagnons. Franco est entouré de Claudia, de Sylvain et d’Éric, trois voix qui pratiquent des rites différents et confrontent joyeusement leurs usages.
Un tour de table du temps des fêtes
Avant d’entrer dans le vif du sujet, on refait le party. Éric a redécouvert la Grèce antique dans Assassin’s Creed Odyssey, Sylvain a troqué la balance pour un test d’ADN et un régime méditerranéen, et tout le monde a poussé quelques parties des Colons de Catane et du jeu maçonnique français Le Temple secret. Les résolutions 2019 tournent toutes autour de la santé — Franco doit préparer une opération au genou et met ses compétitions de jiu-jitsu en veilleuse. Côté bonnes œuvres, l’équipe raconte sa demi-journée de bénévolat chez Moisson Montréal et pour le Chic Resto Pop. Deux fiertés referment les nouvelles : la ligne téléphonique gratuite « Appelle le Père Noël » de Sylvain, qui a reçu 11 000 appels la seule veille de Noël, et l’Armorial CBCS d’Éric, un projet de recueil des blasons des Chevaliers bienfaisants de la Cité Sainte encore vivants. L’émission figure aussi au deuxième rang des balados les plus écoutés de Radio H2O.ca en 2018, avec plus de 18 000 téléchargements dans 90 pays.
« Le premier surveillant, qu’est-ce que ça mange en hiver ? »
— Franco Huard
Gardien de la colonne des compagnons
Éric ouvre le bal : au Régime Écossais Rectifié comme ailleurs, le premier surveillant surveille les travaux et dirige les compagnons. Son rôle prolonge celui du second surveillant — garder la flamme allumée, maintenir le momentum et la rigueur. L’équipe insiste : le travail des surveillants est presque plus exigeant que celui du vénérable maître, car ils doivent rester attentifs en tout temps. Le grade de compagnon, souvent expédié trop vite, est pourtant l’un des plus riches. C’est là que le maçon recouvre l’usage de la parole et passe de la verticalité de l’apprenti (« descendre de la tête au cœur ») à l’horizontalité, vers l’horizon — une croix qui se trace, au RER, entre l’intériorité et l’ouverture au monde.
Placement, triangle et transmission de la parole
Les rites divergent sur la géographie du temple. Au RER, les deux surveillants siègent à l’occident, l’un face au septentrion, l’autre au midi ; au REAA, le second surveillant fait face à la colonne du Midi. Éric décrit la belle mécanique du passage de la parole : le vénérable s’adresse au premier surveillant, qui transmet au second, qui répond — un triangle dont le troisième côté reste invisible, héritage des anciens chantiers où l’on relayait les consignes de bouche à oreille. Sans ce relais, la parole n’atteindrait jamais les apprentis. Traditionnellement, c’est aussi le premier surveillant qui remplace le vénérable en son absence.
Le voyage du compagnon
Le compagnon ayant retrouvé la parole, il est appelé à voyager. Dans la loge d’Éric, on remet une feuille de voyage à faire signer : cinq visites d’ateliers, idéalement d’autres rites, pour rapporter salutations et impressions. Chez Franco, c’est un passeport maçonnique que l’on fait tamponner. Le principe reste le même : sortir de sa loge-mère, observer d’autres pratiques, puis nourrir les discussions au retour. On compare aussi les usages quotidiens : au RER, la « pratique journalière » offre le rituel commenté par un ancien, un précieux outil de planification pour le surveillant.
Tenues d’instruction et travaux
Organiser l’instruction relève des surveillants, pas du vénérable. Tenues d’instruction en habit civil, séparées par grade, sujet préparé pendant la semaine et débattu aux agapes : chaque loge bricole sa formule participative. Les compagnons doivent produire des travaux — un retour d’initiation, l’étude d’un outil, un sujet libre. Et les outils, rappelle l’équipe pour les profanes à l’écoute, n’ont rien de satanique : ils servent à travailler ses défauts pour les transformer en qualités, sur le chemin de la maîtrise de soi.
De la planche à la maîtrise
Le premier surveillant guide la planche sans souffler les idées : plan de travail un mois d’avance, brouillon, version finale. C’est lui qui, avec le parrain et le vénérable, propose un compagnon à la maîtrise. Mais l’essentiel n’est pas académique. Une planche d’une page, directe et sincère, vaut mieux que vingt pages où l’on s’endort. Ce que les surveillants cherchent, c’est l’intégration personnelle — « quelle vérité ça t’a révélé sur toi-même » — pas le copier-coller de bibliothèque, qu’ils repèrent d’ailleurs au premier coup d’œil. Éric referme avec un joli parallèle : là où le français dit « surveillant », l’anglais dit warden, proche de gardien et de ward, le protégé. Surveiller, au fond, c’est protéger.
« La loge-mère, c’est la plus importante, mais on apprend tellement en voyageant. Vous avez le droit maintenant : profitez-en ! »
— Éric
Chapitres
Sujets : Rite Écossais Ancien et Accepté · Podcasts
