Épisode 71 · · par Franco Huard

Sous le Bandeau #71 – Entrevue avec Hervé H. Lecoq

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Deux « potes » que sépare l’Atlantique, un béret d’un côté et un studio québécois de l’autre : pour sa première venue sur Sous le Bandeau, le franc-maçon français Hervé H. Lecoq s’installe avec Franco pour un long échange décomplexé. On y parle de rites, de canulars vieux d’un siècle, d’intelligence artificielle et, surtout, d’une obsession partagée : dire la maçonnerie telle qu’elle est, sans mystère de pacotille.

300 ans de bricolage rituel

Hervé pratique aujourd’hui le rite français, après un long parcours passé par l’émulation, un détour par le rectifié et un œil curieux sur tous les autres. Sa devise tient en une formule empruntée à l’anglais — « keep it simple » — parce que la maçonnerie, au fond, « ça fait 300 ans que tout le monde bricole ». Il rappelle qu’en voulant refonder le rite anglais autour de 1809-1815, on a fini avec quelque 120 « workings » différents, chacun se souvenant à sa manière de ce qu’il avait vu à Londres. Même constat pour le Rite Écossais Ancien et Accepté, qui change de visage d’une région à l’autre. Retrouver le texte d’origine relève, pour lui, presque du défi d’historien.

Léo Taxil et la mécanique du faux

Le cœur de l’entrevue bascule vers un terrain que les deux hommes connaissent bien : les complots autour de la franc-maçonnerie. Hervé revient sur ses vidéos consacrées à « Satan et la franc-maçonnerie » et exhume la figure de Léo Taxil, ce fumiste du XIXᵉ siècle qui, par pur anticléricalisme, a inventé de toutes pièces des révélations sataniques — jusqu’à un docteur Bataille, une planète de Lucifer et un crocodile joueur de piano — avant d’avouer publiquement la supercherie. Franco, ancien conspirationniste devenu débusqueur de fausses nouvelles, y voit l’inspiration d’un livre qu’il termine. Ensemble, ils démontent la fameuse lettre « Pike-Mazzini » que le British Museum lui-même dit ne pas posséder, et rappellent une loi cruelle du web.

« Balance une bêtise, et tu mettras dix fois plus de temps à expliquer aux gens en quoi c’est faux. »

— Hervé H. Lecoq

Leur méthode contre le complotisme n’est pas de contredire, mais de demander : « Pourquoi tu penses ça ? » Car, souvent, la personne finit d’elle-même par mesurer l’absurdité de ce qu’elle relaie.

Intelligence artificielle et « Humanité artificielle »

Passionné d’IA depuis 2014, Hervé se méfie autant des emballements que des peurs de science-fiction. Une machine, dit-il, répond à un besoin : quand elle ne sait pas, elle invente — des sources, des livres, des auteurs maçonniques qu’ils se sont amusés à tester et qui, pour moitié, étaient morts. Ces émotions que certaines IA semblent exprimer ? Une simulation de ce que nous, humains, cherchons à y projeter. Cette réflexion irrigue son roman, écrit en 2014 sous le titre « L’apprenti perdu » et réédité sous le nom « Humanité artificielle » : en 2142, des intelligences logées dans des corps synthétiques ont asservi l’humanité. L’occasion d’une digression savoureuse sur le pouvoir des noms — des formules magiques antiques jusqu’aux meubles IKEA baptisés de noms de fleuves et de rivières pour les rendre bien réels.

Grades, béret et portée mondiale

La conversation glisse vers un travers très maçonnique : courir après les grades et les fonctions. Hervé, lui, demande qu’on le laisse « dans un coin » — et se retrouve couvreur, puis chargé de responsabilités en quelques tenues. De là, une réflexion sur ces titres qui finissent par définir les gens, illustrée par le Rolodex de Rockefeller rempli de détails personnels, et par un savoureux souvenir du salon Masonica de Lille. Devenu figure de YouTube presque malgré lui, Hervé raconte le succès immédiat de sa chaîne, les jalousies qu’il a suscitées, mais aussi les frères d’une trentaine de pays qui le suivent — jusqu’à cette demande de sous-titres en polonais et cette anecdote où son propre parrain maçonnique découvre, au Canada, qu’on parle de « ce Français au béret ».

« Les gens qui te détestent mais qui continuent à te suivre à chaque fois, en fait, ça s’appelle des fans. »

— Hervé H. Lecoq

Démystifier, encore et toujours

En dernière partie, les deux animateurs s’attaquent aux arnaques : « brouteurs » et faux Illuminati qui promettent la fortune à des gens désespérés. Le message est net : personne ne réclame jamais d’argent pour entrer en maçonnerie. Mieux, l’Ordre coûte souvent plus qu’il ne rapporte — cotisations, déplacements, agapes, décors. Hervé en témoigne : arrivé à 26 ans, tombé au chômage dès sa première année, il a été accompagné par sa loge, non par charité individuelle mais par la bienfaisance collective. C’est là, pour Franco comme pour lui, la vraie maçonnerie — celle qu’ils veulent montrer, quitte à déranger. Une première rencontre qui, promettent-ils, en appellera d’autres.

Chapitres

Sujets : Hervé H. Lecoq · Léo Taxil · Intelligence artificielle · Rite Écossais Ancien et Accepté · Podcasts

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