Épisode 65 · · par Franco Huard

Sous le Bandeau #65 – Souviens-toi que tu es vivant avec Yves Vaillancourt

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Deuxième émission de janvier, résolutions à peine prises et déjà mises à l’épreuve : Franco, Sylvain et Claudia retrouvent leur ami Yves Vaillancourt — écrivain, photographe et professeur de philosophie — autour d’un livre qui prend le contre-pied d’une vieille sagesse maçonnique. Là où la tradition murmure « souviens-toi que tu es mortel », Yves répond « souviens-toi que tu es vivant ». Une heure de conversation où Jung croise Spinoza, où le pélican du 18e degré sert à repenser notre rapport à la nature, et où la franc-maçonnerie est invitée à se regarder franchement dans le miroir.

Nouvelles, voyages et projets d’écriture

L’émission s’ouvre sur le bilan des résolutions : outils d’intelligence artificielle pour dompter la procrastination, croissance d’entreprise, et le retour d’une escapade en République Dominicaine. Là-bas, une simple demande — visiter un temple maçonnique et prendre quelques photos — déclenche l’accueil chaleureux de la Grande Loge nationale du pays, jusqu’à une rencontre à l’hôtel avec un grand maître par ailleurs sénateur. On y évoque une loge historique, dite d’Étienne Morin, rattachée au rite de perfection en vingt-cinq degrés.

Yves, lui, profite de ses vacances pour lire, écrire et marcher. Il annonce un livre coécrit avec un frère compositeur sur la musique maçonnique, de Mozart à aujourd’hui, en passant par Haydn et Sibelius — un projet destiné à la jeune maison d’édition La Roseraie des philosophes. Franco, de son côté, avance un ouvrage sur le mythe de « Lucifer » et de l’étoile du matin, en réponse aux auteurs anti-maçonniques comme Serge Abad-Gallardo. L’occasion d’évoquer le rare manuscrit Francken de 1783 et son rituel de perfection.

Jung, l’ombre et le refoulé

Le cœur de l’épisode arrive avec « Souviens-toi que tu es vivant ». Yves en situe la source chez Carl Gustav Jung, découvert grâce à l’essai de Jean-Luc Maxence, « Jung et l’avenir de la franc-maçonnerie ». Au centre : le concept d’ombre, cette part de nous — et des institutions — qu’on refoule pour se faire une place au soleil.

L’Église, selon Yves, a ainsi refoulé deux choses : le féminin, longtemps tenu à l’écart, et la nature, réduite à une vallée de larmes, jusqu’à faire abattre des arbres vénérés depuis des siècles. Or notre symbolique maçonnique, bâtie sur le minéral et sur la construction du temple, aurait fait le même choix : dévaloriser l’organique, le vivant, le périssable. D’où sa thèse : comme la maçonnerie a réintégré la polarité féminine par la mixité, elle doit aujourd’hui réintégrer le vivant.

Le vivant contre le minéral

Pourquoi « memento vivere » plutôt que « memento mori » ? Yves emprunte la formule à Goethe, franc-maçon passionné de nature, dont un roman initiatique met en scène un impétrant face à une momie tenant un livre.

« Souviens-toi que tu es vivant. »

— Goethe

De là découle une relecture du pélican du 18e degré : beau symbole christique du sacrifice de soi, mais aussi piège de l’anthropomorphisme. Si tous nos animaux ne sont là que pour parler de nous-mêmes, prévient Yves, on ne parlera jamais d’eux. Les Premières Nations, elles, ne se sont jamais détournées de la forêt — un contraste que l’historien Robert Harrison explore dans son livre « Forêt ». Le débat glisse vers Descartes, qui rêvait de rendre l’homme « maître et possesseur de la nature », et vers Spinoza, pour qui l’être humain n’est pas « un empire dans un empire » mais un maillon appelé à vivre en harmonie avec le tout.

Vertus, vengeance et rappel des principes

Un vieux désaccord refait surface entre Claudia et Yves : de la charité ou de l’espérance, quelle est la mère des vertus ? Yves plaide pour l’amour, socle de tout, en convoquant Saint Paul.

« Sans l’amour, je ne suis qu’airain qui résonne et cymbale qui retentit. »

— Saint Paul, cité par Yves Vaillancourt

Vient ensuite le mythe d’Hiram et les degrés dits « de vengeance ». S’appuyant sur Jean-Marie Ragon, Yves réclame un examen critique de ces grades, trop propices à la chasse aux boucs émissaires, à l’heure où les réseaux sociaux accusent si facilement. Sylvain y voit plutôt un miroir initiatique, un rappel de la part de nous qui veut dominer et qu’il faut apprendre à maîtriser. La conclusion du livre est nette : plutôt que de toucher aux rituels, jugés intouchables, Yves invite les loges à amender démocratiquement leur « rappel des principes » — ce texte lu à l’ouverture des travaux — pour y inscrire le respect du vivant.

Mots de la fin

L’épisode se referme sur une belle synchronicité, au sens de Jung : un carton figurant un pélican, offert comme signet, puis trois vrais pélicans aperçus au-dessus de la plage. Sylvain, lui, rappelle la planche d’une sœur médecin comparant les officiers d’une loge aux organites d’une cellule : une loge est un organisme vivant, qui peut se détériorer si un « virus » s’y installe. Souviens-toi que tu es vivant, donc — non seulement comme individu, mais comme collectivité.

Chapitres

Sujets : Yves Vaillancourt · Rite Écossais Ancien et Accepté · Podcasts

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