Épisode 19 · · par Franco Huard

Émission #19 – L’histoire de la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité

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Toujours dans le temps des fêtes, Franco profite d’une deuxième émission de la saison pour recevoir un invité de marque : Dominique L., Grand Secrétaire de la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité (GLCS). De passage au Québec pour voir sa famille — et ses frères et sœurs en maçonnerie —, il vient raconter l’histoire d’une obédience française encore jeune, née du désir de faire cohabiter toutes les cultures et toutes les spiritualités sous un même toit.

Une obédience née en 2003

La GLCS a été fondée en 2003 par Marcel Laurent, figure importante de la Grande Loge Nationale Française (GLNF) qu’il avait quittée à la fin des années 1990. Son ambition n’était pas d’ajouter une obédience de plus, mais d’offrir au paysage maçonnique français quelque chose de neuf : une loge à la fois mixte, théiste et laïque. Théiste, parce que la GLCS demande à ses membres — dans l’esprit du Convent de Lausanne — de croire en un principe premier, un créateur que chacun nomme à sa façon. Laïque, parce que ce théisme n’impose aucun dieu précis et laisse chacun libre dans sa sphère intime.

« L’éclairage vient de la multitude de personnes qui, donnant chacune leur prisme, vont permettre un aperçu beaucoup plus fin de la réalité. »

— Dominique L.

Cette ouverture se lit jusque dans le rituel : à la GLCS, les volumes de la loi sacrée reposent ensemble dans un coffret — la Bible, la Torah, le Coran, ainsi qu’un livre blanc qui résume l’ensemble des philosophies théistes. Chacun peut ainsi s’y retrouver, quelle que soit sa culture.

Les rites et la place des sœurs

Le rite principal de l’obédience est le Rite Écossais Ancien et Accepté, l’un des plus pratiqués en Europe. On y travaille aussi au rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm, et une loge a œuvré au Rite Écossais Rectifié. Or ce dernier est réputé masculin : en France, des obédiences comme la GLTSO ne le pratiquent qu’entre hommes, et Willermoz lui-même écrivait jadis qu’on n’y devait accepter « ni femme, ni juif, ni esclave ». La GLCS a fait le choix d’adapter ces rituels pour que les sœurs y trouvent pleinement leur place.

La mixité s’affirme aussi dans les titres et la tenue. Sous la conduite de la grande maître Christine Sauvagnac, les plateaux restent « masculinisés » — on dit vénérable maître, grand maître —, car une fonction n’a pas de sexe. La règle de la vêture (tailleur pantalon ou robe noire) efface les différences pour ne garder que « l’étincelle » de chacun.

Grandir sans faire de chiffre

En quinze ans, la GLCS a dépassé les 1100 membres répartis dans 48 loges et 8 pays — de la Pologne à la Lettonie, d’Israël à Nouméa, jusqu’à Cork en Irlande. Sa moyenne d’âge se situe sous les 53 ans. Mais l’invité insiste : le nombre n’est pas un but. Face à l’inquiétude, souvent nord-américaine, d’une maçonnerie « en train de mourir », il oppose une pratique résolument tournée vers le XXIe siècle — projections audio et vidéo, musique en loge, planches tenues par Skype d’un continent à l’autre — dont le message aux plus jeunes tient en une phrase : posez vos oreillettes, coupez cinq minutes, venez découvrir des symboles dans le silence.

Du parrainage à la loge Initium

La GLCS ne mène pas d’enquête sur ses candidats : elle fait confiance aux parrains, y compris à ceux venus d’autres obédiences (Grande Loge de France, Grand Orient), avec parfois un double parrainage. Le parcours passe par des entretiens avec quelques maîtres, puis par le passage sous bandeau. Entre le premier contact et l’initiation, on compte en général un mois ou deux, dans un rythme volontairement apaisé. Détail original : une loge, Initium, est dédiée exclusivement à l’initiation des apprentis, ce qui fait tourner les plateaux et oblige chacun à s’imprégner du rituel — car « une initiation, on n’en fait qu’une dans sa vie ». Les régularisations, elles, reviennent à la loge mère (loge n°1), dont le vénérable maître est le grand maître lui-même, gardant ainsi « les mains dans le cambouis ».

Quand l’obscurantisme resurgit

La seconde partie s’ouvre sur l’actualité française : les gilets jaunes et une inquiétante recrudescence de l’anti-maçonnisme. Dominique établit un parallèle avec les carrés rouges québécois — un mouvement parti de revendications légitimes avant d’être détourné. Les faits s’accumulent : l’édifice de la Grande Loge de France tagué, des dégradations à Levallois, un gouvernement italien tenté d’interdire la franc-maçonnerie, des frères polonais qui risqueraient leur carrière universitaire. Ailleurs — sous la charia à Dubaï, en Russie, au Liban —, être maçon peut coûter la liberté ou la vie. En cause aussi : la désinformation en ligne, qui préfère le sensationnalisme à la recherche de vérité, jusqu’à ces messages de haine reçus au nom de la religion.

L’eau, la laïcité et un message d’espoir

L’engagement de la GLCS se prolonge au sein du CLIPSAS, où le fondateur Marcel Laurent a porté, à Barcelone puis à Genève, la question de l’eau et de la nature.

« Pendant que nous parlons, il y a cinq enfants qui viennent de mourir parce qu’ils ont bu de l’eau qui était fétide. »

— Marcel Laurent (rapporté par l’invité)

L’entretien se referme sur la vigilance — le projet de réforme de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État, dénoncé par le collectif laïc national — et sur un espoir : que, malgré les éternelles querelles de régularité, tous les maçons du monde finissent un jour par se donner la main.

Chapitres

Sujets : Rite Écossais Ancien et Accepté · Anti-maçonnisme · Laïcité · CLIPSAS · Podcasts

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