Épisode 16 · · par Franco Huard

Émission #16 – L’Ordre Martiniste et les Élus de Cohen

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Le martinisme est sans doute le grand oublié de la tradition initiatique : un courant si discret que même des maçons chevronnés n’en connaissent souvent que le nom. Pour l’émission #16, Franco et son complice Sylvain reçoivent le frère Jean-Pierre, membre de la loge « le Verbe n°7 » et évêque de l’Église gnostique, qui accepte de lever un coin du voile sur cet ésotérisme judéo-chrétien où l’on ne cherche ni les titres ni la reconnaissance, mais la rencontre de Dieu au fond de soi.

Avant l’invité : fraude, écoute mondiale et Patreon

Sylvain ouvre l’émission en parlant d’un colloque sur la fraude qu’il coorganise pour l’Institut canadien du crédit, à Montréal, le 12 novembre. Quelque 350 personnes y sont attendues, avec de faux fraudeurs, des pickpockets et des concours truqués pour faire vivre l’arnaque en temps réel — une façon de sensibiliser, alors que la Sûreté du Québec note une hausse des fraudes de 80 % depuis 2013.

Franco enchaîne avec les statistiques de l’émission. Au palmarès des téléchargements, c’est le Rite Écossais Rectifié qui domine, talonné par le prologue et par « l’Ego spirituel », le tout à quelques téléchargements près. Avec près de 1 300 téléchargements par épisode en moyenne, le podcast rayonne bien au-delà du Québec : la France en tête, puis la Belgique, les États-Unis, la Suisse, Haïti, l’île de la Réunion, le Bénin et même l’Australie, où des frères de Sydney animent la loge Freedom du Grand Orient de France. Un mot, enfin, pour les patrons de la page Patreon, qui aident à payer l’équipement et les serveurs.

Le martiniste, selon Papus

Pour poser le sujet sans le trahir, Jean-Pierre cède d’abord la parole à Papus — Gérard Encausse (1865-1916) —, l’une des figures fondatrices du martinisme moderne.

« Le but de l’ordre martiniste n’est pas de faire des maîtres dogmatisants, mais au contraire des étudiants humbles et dévoués au culte de l’éternelle vérité. »

— Papus (Gérard Encausse)

Le ton est donné : pas de grande loge, pas de reconnaissance mutuelle, pas de structure pyramidale. On travaille en petites loges, dans le silence, « où l’on travaille beaucoup mieux en se taisant qu’en parlant ».

Des fondateurs à Robert Ambelain

L’invité déroule ensuite la filiation. À l’origine, Martinès de Pasqually, penseur ésotérique né vers 1727 et mort en Haïti en 1774 — sa tombe se trouve près de Léogâne, que Jean-Pierre dit avoir visitée. Pasqually fonde l’ordre des chevaliers maçons et élus Coëns de l’Univers, qui ne lui survit pas. Son secrétaire, Louis-Claude de Saint-Martin, « le philosophe inconnu », structure sa pensée ; un autre secrétaire, Jean-Baptiste Willermoz, la fait basculer du côté maçonnique en portant, au convent de Wilhelmsbad, le Régime Écossais Rectifié — le mot clé étant « rectifié », soit la volonté de réintroduire une dimension spirituelle que la franc-maçonnerie de l’époque révolutionnaire avait mise de côté.

Après une longue traversée du désert, c’est Robert Ambelain (1907-1997) qui remet tout en marche à l’époque moderne : c’est lui qui rédige les rituels utilisés aujourd’hui. Jean-Pierre est catégorique : quiconque prétend détenir les rituels originaux de Pasqually ou de Saint-Martin vend une illusion. « Ce sont des officines », des escroqueries à titres et à bouts de papier.

Grades, loges et théurgie

Comment est-ce structuré? En martinisme, trois degrés — associé, initié, supérieur inconnu — auxquels s’ajoute le supérieur inconnu initiateur, seul habilité à créer de nouveaux martinistes. La loge reprend des repères connus : un Grand Maître, un Gardien d’Occident, des officiers au Nord et au Sud, et un plateau drapé de rouge, surmonté d’une flamme, pour rappeler la présence du supérieur inconnu, Louis-Claude de Saint-Martin.

Viennent ensuite les Élus de Cohen — « Cohen veut dire prêtre » —, quatre grades de pure théurgie dont les membres ne se réunissent que rarement, une ou deux fois l’an. Et tout en haut, coiffant l’édifice, le Réaux-Croix : deux grades seulement, dont le Grand Réaux-Croix, conférés à vie. Au Canada, ils ne sont que deux à le porter, un francophone et un anglophone.

L’église gnostique et les trois voies

Tout ce cheminement, explique l’invité, conduit à l’Église gnostique, initiation ultime où l’on devient diacre, prêtre puis évêque — ce qu’est Jean-Pierre lui-même. Il en esquisse les contacts avec Rome, les vingt-deux filiations remontant à saint Pierre, les cinq sacrements (sans la confession, car « on n’a pas besoin d’un intermédiaire »), et sa parenté avec les Esséniens et les Cathares.

« La seule initiation que je prêche et que je cherche de toute l’ardeur de mon âme est celle par laquelle nous pouvons entrer dans le cœur de Dieu. »

— Louis-Claude de Saint-Martin

L’image finale est celle d’un triple chandelier, ou d’une pyramide : trois voies mènent au même sommet, le Réaux-Croix. La voie des Élus de Cohen, la voie cardiaque du philosophe inconnu, et la voie des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, issue du Régime Écossais Rectifié. Jean-Pierre évoque aussi une commanderie templière — dont le siège est à New York — qui refuse toute prétention de descendance directe des Templiers de Jacques de Molay, revendiquant seulement un enseignement « aussi proche que possible ».

Un premier survol, et rien de plus

« On a touché à 2 % de la conversation », lâche Jean-Pierre en riant — de quoi promettre d’autres émissions. Les curieux, maçons ou non, peuvent écrire à info@souslebandeau.ca pour en apprendre davantage sur le mouvement martiniste au Québec. Un entretien dense, généreux et plein d’humour, qui rappelle que derrière les grades et les titres, c’est d’abord une manière de vivre qui se joue.

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