Épisode 87 · · par Franco Huard

Sous le Bandeau #87 – Musique des Francs-Maçons : De Mozart à nos Jours

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Trois mois sans nouvelle émission, et quelles retrouvailles : Franco reçoit Yves et Anatoly, coauteurs du sixième ouvrage des Éditions La Roseraie des Philosophes, « La musique des francs-maçons : de Mozart à nos jours ». Fruit de près de deux ans de travail, ce livre ouvre une porte trop souvent laissée dans l’ombre du temple : celle par où entre la musique. Pourquoi les loges du XVIIIe siècle avaient-elles leurs orchestres ? Qu’entend un impétrant à l’instant précis où on lui retire le bandeau ? De Mozart à Sibelius, l’épisode déroule une véritable chaîne d’union de compositeurs.

Nouvelles de la Roseraie et du studio

Avant d’entrer dans le vif du sujet, tour d’horizon. Le livre paraît comme sixième titre de la jeune maison d’édition, avec un lancement annoncé le 15 mai au Bistro Sophia de Montréal (métro Beaubien), de 17 h à 21 h pour accommoder ceux qui ont une tenue ou des obligations familiales. On peut aussi le commander à l’avance sur le site de la Roseraie, dédicacé par les auteurs. Franco annonce par ailleurs un grand chambardement personnel : en plein divorce, il vend sa maison de Laval et prépare un nouveau studio, plus intime, avec causeuses et sofas. Autre rendez-vous majeur : le Salon Maçonnique du Québec, le 1er juin, premier salon d’une telle ampleur au Québec, avec des invités français, de nouveaux auteurs — dont Arnaud Gabrieli et son livre « Logia » —, les grandes obédiences et un billet à 10 $. Franco évoque enfin ses vlogues de voyage : Bogotá, puis le Mexique et le Grand Orient National Mexicain.

La musique au cœur du rituel

Pour Franco comme pour ses invités, la musique n’est pas un ornement : elle est constitutive du travail maçonnique. Les loges avaient leurs orchestres ; à la Grande Loge de France, un piano trône dans le temple et des artistes jouent pendant les cérémonies. Anatoly, longtemps chargé de la colonne d’harmonie, plaide pour une musique vivante : le déclin de l’art n’existe pas, dit-il, et la création contemporaine peut nourrir le rituel autant que celle du XVIIIe siècle — même écrite par des compositeurs qui n’étaient pas maçons, pourvu qu’elle porte une dimension spirituelle et symbolique.

Strauss et Scelsi : l’ébranlement de l’initiation

Surprise pour Franco : la musique du retrait du bandeau qu’il croyait maçonnique est signée d’un profane, Richard Strauss. Yves, initié en 1987 au Grand Orient de France, raconte comment l’ouverture d’« Ainsi parlait Zarathoustra » — trois coups de maillet, la lumière qui se lève sur la montagne — accompagne ce moment décisif ; il l’avait même fait inscrire au règlement intérieur de sa loge. La structure ternaire, que l’on retrouve aussi dans la Flûte enchantée, semble propre à la musique maçonnique. Pour préparer l’impétrant encore dans les ténèbres, les auteurs évoquent une œuvre de Giacinto Scelsi, compositeur mystique retiré dans des grottes au Tibet, mort en août 1988 — un long grondement sourd avant l’éclatement de la lumière.

Haydn et Mozart : le code et la lumière

Le cas de Haydn intrigue : franc-maçon, certes, mais sans preuve crédible qu’il ait fréquenté sa loge après l’initiation, ni que sa musique cache des symboles. Les structures ternaires, rappellent les auteurs, sont universelles — on les tient de la rhétorique classique, de Quintilien à Bach, jusqu’à la forme sonate. Ce qui rend Haydn pertinent tient à autre chose : la fraternité de sa musique et de sa personnalité, généreuse et pleine d’humour.

« C’est une musique qui te regarde à hauteur du visage, ni au-dessus ni en dessous. »

— Anatoly

Mozart, lui, est le compositeur maçonnique par excellence. C’est lui qui persuada Haydn de se faire initier — une tempête de neige l’empêcha d’ailleurs d’assister à la cérémonie. Sa Flûte enchantée demeure l’œuvre maçonnique la plus connue de l’histoire : Tamino et Pamina y sont initiés ensemble, réunion des polarités chère à l’alchimie ; Papageno et Papagena rappellent que l’homme du commun a droit lui aussi à l’initiation ; et Sarastro proclame que dans ce temple toute vengeance est interdite. Mozart avait même esquissé le projet d’une obédience mixte, « la Grotte ».

Wagner : l’envoûtement et ses limites

Wagner, en revanche, ne fut jamais maçon — il le désira, mais fut « black-boulé » après une rébellion antimonarchiste de jeunesse. Les auteurs saluent Parsifal, drame spirituel intérieur, et cette contemplation de l’étoile du soir par Wolfram dans Tannhäuser, qui évoque l’étoile du deuxième degré. Mais ils gardent leurs réserves. La « mélodie infinie » wagnérienne, propice à la contemplation — Anatoly la compare au cinéma de Tarkovski —, verse aussi dans l’envoûtement, ce « spell-casting » contre lequel Nietzsche s’insurgeait et dont Freud lui-même se méfiait. Là où Wagner exige toujours un sacrifice, souvent féminin, Mozart offre la réunion et l’égalité. Symboliquement, concluent-ils, Wagner reste en deçà.

Sibelius, Beethoven et la musique du vivant

Compositeur favori d’Anatoly, Sibelius fut franc-maçon et « chantre du Nord » : il composa une musique maçonnique (opus 113) pour l’allumage des feux de sa loge finlandaise, sous l’égide de la Grande Loge de New York, en 1916. Sa nordicité, son côté lunaire et cosmique — un chef d’orchestre disait entendre Sibelius en regardant les premiers pas de l’homme sur la Lune — en font une musique d’ouverture. Quant à Beethoven, les auteurs le rangent parmi les « francs-maçons sans tablier » : on aimerait tant qu’il l’ait été, mais, prévient le musicologue Philippe Autexier, il faut se méfier de ce qu’on voudrait entendre. L’épisode s’achève sur une invitation à repenser la colonne d’harmonie à l’ère de l’anthropocène, pour y accueillir le chant des oiseaux, des baleines et même des plantes, et brouiller la frontière entre le sacré et le profane.

« Que nos cœurs se rassemblent en même temps que nos mains. Que l’amour fraternel unisse tous les maillons de cette chaîne formée librement par nous. »

— Anatoly

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Sujets : Yves Vaillancourt · Podcasts

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