Épisode 17 · · par Franco Huard
Émission #17 – Le second surveillant
Franco s’installe dans son petit temple maçonnique — en réalité son studio de radio garni de symboles — sans son complice Sylvain, coincé sur la route. À ses côtés, sa sœur Claudia, « rayon de soleil » de leurs voyages en Europe. L’invité prévu, Jean-Laurent Turbet, est retenu dans les salons du livre européens : ce sera partie remise. Qu’à cela ne tienne, Franco saisit l’occasion pour ouvrir une série de trois émissions sur les « petites lumières » de la loge et commencer par celle qui, à ses yeux, compte le plus : le second surveillant.
Un plateau improvisé, une série qui démarre
Turbet devait venir parler de l’histoire du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) — un sujet qu’il maîtrise mieux que quiconque, selon Franco. Son absence n’arrête rien : puisque Claudia occupe justement la charge de deuxième surveillante, le moment est parfait pour lancer le triptyque qui mènera, au fil des mois, du second surveillant au premier surveillant, puis au vénérable maître. Ensemble, ces trois officiers forment le triangle au cœur de la loge.
Le poste qui « fait ou défait » l’apprenti
Pour Franco, le second surveillant est le poste le plus important, car il prend soin des apprentis. La première année maçonnique, dit-il, « ça passe ou ça casse » : mal encadré, faute d’information, d’inspiration ou de direction, un candidat finit par partir. Encore faut-il savoir rejoindre les nouvelles générations, celles de 2018, qui vivent sur leurs téléphones et les réseaux sociaux ; les codes ne sont plus ceux d’il y a dix ans.
Franco raconte ses débuts, au tournant des années 2000, avec deux frères : les « Delta Boys », un trio à la Backstreet Boys qui se « tuilait » sans relâche. Un coup de fil, une question sur un symbole, une réponse à brûle-pourpoint : cette synergie fraternelle a nourri son apprentissage bien au-delà des seules tenues d’instruction.
Claudia, l’écoute au service de la loge
Intervenante psychosociale de métier, Claudia a été attirée par cette charge parce qu’elle aime animer, faire débattre et créer un climat propice à l’échange. En fonction depuis quatre mois, elle décrit un rôle exigeant : lors des tenues, les questions fusent, souvent excellentes, parfois sans réponse toute prête. Son honnêteté devient une force — admettre qu’elle ne sait pas, puis partir chercher. Chaque interrogation d’apprenti ouvre une perspective qu’elle n’avait jamais explorée.
Le second surveillant est-il aussi un confident ? Oui, répond-elle, à condition d’ouvrir le chemin pour que l’apprenti se confie non pas à une seule personne, mais à l’ensemble de ses frères et sœurs. Attention toutefois : la loge n’est pas un centre de thérapie. On y travaille l’« aspect miroir » — reconnaître chez l’autre ce qui vit en soi — pour tomber les masques.
Humilité, examens et devoir d’accompagnement
Ce que la charge a d’abord apporté à Franco ? L’humilité. Il y aura toujours quelqu’un pour vouloir vous « challenger » ; savoir dire « je ne sais pas, mais je vais le trouver » vaut mieux que de bomber le torse. Le second surveillant monte les programmes des apprentis et, au moment de l’augmentation de salaire — le passage de grade —, recommande ou non le candidat après un véritable examen. Une responsabilité à ne jamais bâcler.
Au-delà de l’instruction, Franco insiste sur le suivi : appeler l’apprenti, prendre de ses nouvelles, veiller sur celui qui « marche tout seul » malgré son parrain. Suggérer des travaux, oui — mais jamais par ego. Il évoque des histoires d’horreur, à Montréal, de surveillants imposant des tâches punitives à qui les avait contrariés. Le contraire exact de la compassion attendue.
Guider sans imposer : le cœur plutôt que le mental
Claudia voit son rôle comme celui d’un guide davantage que d’un directeur : suivre l’appel du cœur, partir de ce que la personne vit. Son plus grand défi ? Ramener la discussion au niveau du cœur, dans une société câblée sur le mental et les émotions. Sur la question du modèle, elle nuance : oui, il faut maintenir la posture, les rites et la rigueur appris dès le premier degré ; non, être un modèle ne signifie pas être parfait ni cacher ses défauts.
« On souhaite arrêter d’être tout ce qu’on n’est pas pour être pleinement nous-mêmes. »
— Claudia
Le véritable modèle inspire sans qu’on se calque sur lui. « Sois le changement que tu veux voir dans le monde », rappelle-t-elle. Trop de nouveaux arrivants attendent la perfection sans se demander d’où la personne est partie : un frère amélioré à 95 % restera jugé sur les 5 % qui manquent. C’est là qu’un guide pratique cité à l’antenne prend tout son sens.
« On ne peut rien enseigner à autrui. On ne peut que l’aider à le découvrir lui-même. »
— Galilée
Livres, nouvelles et fraternité sans frontières
Entre deux réflexions, Franco assume sa passion des livres : il a précommandé « L’à-peu-près dictionnaire de la franc-maçonnerie » de Philippe Benhamou et Jean-Laurent Turbet, rappelle son incontournable « La franc-maçonnerie pour les nuls », feuillette « Le Guide pratique du Second Surveillant » et le « Vade-mecum » de Claude Darche — ce dernier retraçant l’origine opérative de la charge, quand des maîtres supervisaient apprentis et compagnons sur les chantiers de cathédrales.
Côté nouvelles : Claudia a été reconnue sur YouTube pour une lecture de planche, la légalisation du cannabis au Québec alimente une discussion sur le devoir du maçon de respecter les lois de son pays, et un frère du Bénin — parmi les quatre-vingt-cinq pays où l’émission est écoutée — s’illustre dans un programme humanitaire du CECI pour l’entrepreneuriat féminin. Des maçons en action, conclut Franco, qui apprennent à se découvrir pour mieux servir leur communauté.
Chapitres
Sujets : Franc-maçonnerie · REAA · Podcasts
