Épisode 9 · · par Franco Huard
Émission #09 – L’égo spirituel en Franc-Maçonnerie
Une semaine avant de s’envoler pour une tournée maçonnique en France, Franco a réuni ses frères autour de la table de cuisine — transformée pour l’occasion en studio de fortune — afin d’aborder un sujet que bien des auditeurs réclamaient : l’égo spirituel. Cet égo qui se faufile jusque dans notre quête intérieure, se drape d’humilité et se glisse, mine de rien, jusque sous les colonnes des loges.
Une cuisine transformée en studio, une agape en prélude
Exit le petit studio du bureau : pour l’occasion, l’équipe a envahi la cuisine, partagé l’agape avant le micro et gardé les sons ambiants d’un barbecue à Laval. Franco reçoit deux frères : Sylvain, complice habituel de l’émission, et Hervé, comédien accueilli comme « invité de marque » à la faveur d’une connexion de cœur nouée en loge. Car dans une semaine, Franco et Sylvain s’envolent pour la France : Grande Loge de France, Grand Orient de France, tenues en région et à Cavaillon, puis Bordeaux à l’invitation de la Grande Loge Mixte de France et de la Ligue universelle des francs-maçons. Une émission commune est même prévue avec Radio Delta. Franco annonce au passage une série « Sous le Bandeau on the road », enregistreur numérique en main.
Répondre aux auditeurs : la franc-maçonnerie féminine
Avant d’entrer dans le vif du sujet, Franco revient sur un courriel reçu après l’émission consacrée aux femmes en maçonnerie. Un auditeur y documente la présence féminine au Royaume-Uni : le Droit Humain y compterait seize loges et trois triangles, tandis que l’Order of Women Freemasons (OWF) et l’Honourable Fraternity of Ancient Freemasons (HFAF), deux obédiences exclusivement féminines, ont vu leur régularité admise par la Grande Loge Unie d’Angleterre — l’OWF dès 1999. Une ouverture qui, souligne Franco, revient justement à mettre un certain égo de côté pour reconnaître ses sœurs.
L’égo spirituel : une fausse image de soi
Le micro revient à Sylvain pour la définition attendue.
« L’égo spirituel, c’est une opinion de soi qu’on a surestimée, qu’on a gonflée pour cacher nos blessures et montrer aux autres qu’on est plus grand que ce qu’on est réellement. »
— Sylvain
C’est, précise-t-il, cette tendance à se vanter de son processus, à afficher une fausse modestie tout en croyant détenir la vérité. Souvent, un désir de reconnaissance né de blessures anciennes pousse la personne à s’accaparer titres et fonctions. Les frères rappellent aussi que l’égo spirituel n’a ni couleur, ni rite, ni obédience : il est propre à chacun, et généraliser — comme les conspirationnistes qui traitent tous les maçons de lucifériens — en est déjà une forme.
Titres achetés et la « porte étroite »
Plus on s’élève en grade, plus le danger grandit : c’est ce que la maçonnerie appelle la « porte étroite ». Sylvain dénonce ceux qui achètent un tablier de 33e pour quelques milliers de dollars et passent d’apprenti au sommet en trois ans, sans jamais intégrer le processus. Le signe qui ne trompe pas ? Des actions incohérentes avec les paroles. Les trois frères déplorent également ces titulaires de hauts grades qui viennent faire la loi aux vénérables en loge bleue, alors que la maçonnerie repose fondamentalement sur trois grades : apprenti, compagnon et maître. L’image la plus juste vient de Sylvain : un temple doit être solide à sa base. Tomber du premier étage fait mal, mais chuter du 33e, sans parachute, peut être dévastateur.
Gourous, miroirs et le mécanisme de l’égo
La conversation glisse vers les gourous — que Hervé rebaptise malicieusement « kangourous », parce que tout l’argent finit dans la poche. Plus sérieusement, les frères racontent avoir déjà été dissuadés de voyager par une figure qui craignait qu’on découvre la vérité à son sujet. L’antidote, disent-ils, c’est de voir en l’autre un miroir : la personne qui nous irrite reflète souvent ce que l’on n’aime pas en soi. Franco partage alors ses lectures — d’abord « Le Secret », puis « Nouvelle Terre » d’Eckhart Tolle — pour expliquer que l’égo se nourrit de l’image que l’on se donne de soi, et qu’il perd son emprise dès qu’on accepte la confusion et le doute. Sylvain élargit le propos à l’égo spirituel collectif et aux égrégores, ces nuages de pensée partagée qui gonflent l’orgueil d’un groupe entier.
« Tes actions et tes paroles sont ton abracadabra devant l’éternel. »
— Sylvain
De l’attente à la patience
En clôture, Sylvain refuse le rôle de maître : « ne me prends pas pour un mentor », insiste-t-il, car tous sont des humains faillibles et égaux dans le cercle initiatique. Méfiez-vous, ajoutent-ils, de quiconque prétend n’avoir aucun égo. Les frères finissent par nommer le ressort profond de l’égo spirituel : l’attente — celle d’être reconnu, de gravir vite, de s’asseoir à l’Orient. Le remède tient en un mot : la patience. C’est elle, entre deux blagues sur la Lamborghini et le « plus petit d’entre vous », qui permet de se surprendre soi-même en flagrant délit d’orgueil et de redevenir, tout simplement, un meilleur frère.
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