Épisode 3 · · par Franco Huard

Émission #03 – Conspirations sur la FM & La petite histoire d’Albert Pike

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En novembre 2017, Franco tient le micro seul — Sylvain est parti dans le Sud — et s’attaque à un sujet qui revient sans cesse dans les questions des auditeurs: les théories du complot sur la franc-maçonnerie. Son fil conducteur couvre un siècle et demi, de la naissance d’Albert Pike en 1809 à la mort du commodore William Guy Carr en 1959, pour montrer comment un canular monté de toutes pièces au XIXe siècle nourrit encore aujourd’hui les fantasmes sur les « Illuminati ».

« Casque de foil »: la montée de lait de départ

Avant d’entrer dans l’histoire, Franco fait une mise au point sur l’expression « casque de foil », qu’on lui a reprochée d’employer. Pour lui, ce n’est pas une insulte gratuite: c’est quelqu’un qui ne fait pas ses recherches, qui ne vérifie pas ses sources et qui gobe tout ce qu’il lit sur Internet. Lui-même avoue avoir déjà été conspirationniste. Après plus de dix ans de radio et de baladodiffusion, il en a tiré une règle simple: vérifier, recouper, remonter aux sources avant de répéter une nouvelle.

« La connaissance, c’est ça le vrai pouvoir. »

— Franco Huard

Il glisse aussi une recommandation d’écoute: le DVD Terra Maçonnica, produit par Nexus Factory pour le 300e anniversaire de la maçonnerie, qui visite plus de 80 loges à travers le monde — jusqu’à une loge isolée du grand Sud argentin.

Léo Taxil, l’imposteur qui a tout déclenché

Le cœur de l’épisode, c’est Léo Taxil (de son vrai nom Gabriel Jogand-Pagès), né en 1854 et mort en 1907. Élevé chez les Jésuites, il s’en révolte et devient un pamphlétaire anticlérical virulent — au point d’être excommunié. En 1881, il se fait initier dans une loge parisienne du Grand Orient de France, mais n’y reste qu’un an: accusé de mensonges et de vantardises, il est exclu alors qu’il n’est encore qu’apprenti.

Vexé, Taxil se réinvente. En 1886, il annonce sa conversion au catholicisme, obtient l’absolution du pape Léon XIII, et lance une croisade « anti-maçonnique » qui n’est en réalité qu’une gigantesque farce. L’homme est un mystificateur de métier: Franco rappelle qu’il avait déjà inventé une histoire de requins au large de Marseille et une cité engloutie dans le lac Léman.

La fausse lettre d’Albert Pike

C’est dans ce contexte que naît le document le plus célèbre du dossier: la prétendue lettre d’Albert Pike à Giuseppe Mazzini, datée du 15 août 1871. Elle apparaît dans Le Diable au XIXe siècle, un ouvrage signé du mystérieux « Docteur Bataille », derrière lequel se cachent Taxil et un complice. Franco en lit un long extrait à l’antenne: un délire lucifériste sur la destruction du catholicisme, l’installation d’un patriarche en Italie, un pape errant recueilli en Russie et l’avènement final de la « pure doctrine luciférienne ».

Cette version, souligne-t-il, n’a rien à voir avec celle que colportent aujourd’hui des vidéos comme celles d’Alex Jones. C’est un texte fabriqué, jamais écrit par Pike.

De Diana Vaughan à l’aveu de 1897

Pour épaissir la mystification, Taxil met en scène des personnages fictifs: Sophie Walder, « grande maîtresse » d’un culte, et surtout Diana Vaughan, présentée comme une « haute dignitaire luciférienne » repentie qui signe de fausses confessions sur le culte du « paladisme ». Une vraie femme accepte de prêter son nom au canular, trouvant l’affaire cocasse.

Le 19 avril 1897, à la Société de géographie de Paris, Taxil convoque la presse en promettant de présenter enfin Diana Vaughan. Devant une salle remplie de maçons, il révèle que tout n’était qu’une immense supercherie — ce qui, on s’en doute, ne se passe pas dans le calme.

« Diana Vaughan n’est qu’un mythe. La mystification est ma vocation. »

— Léo Taxil, conférence du 19 avril 1897

William Guy Carr recycle le mensonge

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais dans les années 1950, un Canadien de l’Ontario, le commodore William Guy Carr (1895-1959) — sous-marinier, officier de la marine royale canadienne et agent du renseignement — reprend le matériel de Taxil pour l’actualiser. Dans Pawns in the Game (1954) puis Satan, Prince of This World (1959), il réécrit la lettre en y ajoutant des éléments absents de l’original: les trois guerres mondiales, le sionisme, le nazisme, l’islam.

Carr prétend avoir trouvé la lettre à la British Library — qui a toujours nié en avoir jamais possédé une copie. Franco montre que toutes les « sources » censées confirmer la lettre finissent par renvoyer au même Diable au XIXe siècle, c’est-à-dire au canular avoué de Taxil. Il illustre le mécanisme avec un exemple moderne: un article sur une « fuite des Illuminati » et le « Comité des 300 » dont l’unique source est un autre site… qui renvoie au premier. La boucle est bouclée.

Le vrai Albert Pike

Reste l’homme réel. Albert Pike, né le 29 décembre 1809 et mort le 2 avril 1891 à Washington, était juriste. Initié en 1850 dans la loge Western Star n°2 de Little Rock, il gravit les degrés à une vitesse fulgurante et devient en 1859 souverain grand commandeur de la juridiction Sud du Rite écossais ancien et accepté, poste qu’il occupera 32 ans. Son œuvre majeure reste Morals and Dogma (Morale et Dogme).

Franco démonte au passage la légende qui fait de Pike un fondateur du Ku Klux Klan: aucune preuve ne l’établit. Au contraire, Pike a fourni des rituels aux loges Prince Hall, la maçonnerie afro-américaine — un geste difficilement conciliable avec le racisme qu’on lui prête. Le dossier des conspirations, conclut Franco, est clos.

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Sujets : Léo Taxil · Albert Pike · Franc-maçonnerie · Podcasts

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