Épisode 80 · · par Franco Huard
Sous le Bandeau #80 – Traité philosophique et pratique du tarot avec Yves Vaillancourt
De retour d’un séjour au Mexique où le Suprême Conseil lui a confié un présent destiné au Québec, Franco ouvre l’épisode 80 de Sous le Bandeau avec un invité de marque : Yves Vaillancourt, professeur, journaliste et co-éditeur de la Roseraie des Philosophes, venu présenter son Traité philosophique et pratique du tarot. Autour de la table, la sœur Claudia complète le trio pour une conversation qui remonte aux origines médiévales des lames et redescend jusqu’à la table du consultant.
Des nouvelles du Suprême Conseil… et de deux livres
Avant d’entrer dans le vif du sujet, Franco raconte son voyage à Playa del Carmen, l’accueil chaleureux des frères et sœurs mexicains et un cadeau remis au nom du Suprême Conseil du Mexique, destiné à sceller un lien d’amitié avec le Québec. Il en profite pour annoncer officiellement sa candidature à la présidence du CBCS et évoque un prochain déplacement en Belgique. Claudia, elle, complète bientôt trois ans comme vénérable maître : après les élections générales de sa loge, elle songe à briguer la fonction de couvreur.
Surtout, l’épisode marque une étape pour la Roseraie des Philosophes, la maison d’édition que les deux hommes portent avec un troisième associé, Gérard. Cinq ouvrages sont en préparation : deux au printemps — Lucifer et la franc-maçonnerie : Anatomie d’un mythe, signé Franco, et le traité sur le tarot d’Yves — puis trois à l’automne. Les livres seront distribués au Québec et en France, notamment grâce à la Librairie du Québec à Paris. Un lancement public est prévu en juin à Montréal, autour de la Saint-Jean-Baptiste et du solstice.
Aux origines du tarot
Yves Vaillancourt explique que ce livre est le fruit d’une longue pratique commencée à la sortie de l’adolescence. Sa mère était tireuse de cartes — avec de simples cartes à jouer — et jouissait d’un véritable don ; lui préfère parler d’une science et d’une sensibilité acquises au fil d’environ 1300 tirages avec des inconnus. Écrit il y a une vingtaine d’années puis rangé dans un tiroir, le manuscrit a resurgi grâce à la maison d’édition.
L’invité retrace ensuite l’histoire des lames. Le tarot apparaît dans les cours européennes d’Italie au cœur du Moyen Âge, vers le XIIIe siècle, empruntant à l’Orient une route comparable à celle du jeu d’échecs. Le plus ancien jeu connu est le Visconti-Sforza. Yves rappelle l’hypothèse selon laquelle les Gitans, tribu venue de l’Inde centrale, auraient diffusé ces symboles au fil de leurs pérégrinations à travers l’Iran, la Turquie, l’Égypte et la Grèce — d’où un tarot profondément syncrétique, où voisinent figures christiques, char d’Alexandre et divinités antiques. Il convoque Carl Gustav Jung et sa notion d’archétype pour expliquer pourquoi ces grandes figures du destin — l’amour, la mort, la solitude, le mentor — parlent encore à chacun.
Rationalisme et compensation
Le Tarot de Marseille tel qu’on le connaît, avec ses 78 cartes, est contemporain de la Révolution française et de l’essor de la franc-maçonnerie. C’est plus tard, à la charnière des XIXe et XXe siècles, qu’Oswald Wirth conçoit un tarot maçonnique, tandis qu’Aleister Crowley y introduira des éléments plus sulfureux. Yves relie ce renouveau ésotérique — Mme Blavatsky, Stanislas de Guaita — au triomphe du positivisme d’Auguste Comte, qui influença le Grand Orient de France jusqu’au convent où l’obédience retira de ses obligations l’immortalité de l’âme et le Grand Architecte.
« Le tarot est perçu par ses courants marginaux comme une sorte de compensation aux excès du rationalisme occidental ; c’est une façon d’explorer ce qu’on a refoulé, ce qu’on a mis sous le manteau, mais qui néanmoins nous aide à comprendre qui nous sommes. »
— Yves Vaillancourt
Le tarot comme relation d’aide
Claudia apporte l’angle maçonnique : passionnée par l’arbre séphirotique et la cabale, elle a tenté de superposer les lames aux grades d’apprenti, de compagnon et de maître, cherchant comment chaque étape du rituel « correspond à une carte » qui éclaire la suite du parcours. Yves, lui, ramène toujours le tarot à l’humain. Neuf fois sur dix, dit-il, c’est le désarroi amoureux qui pousse les gens à consulter ; l’essentiel n’est pas d’exposer une doctrine mais de mettre de l’ordre là où règne le désordre — Ordo ab chao. Le premier tirage doit être respecté comme un oracle : on ne le rejoue pas parce que la réponse déplaît. Il illustre cette intuition par l’anecdote d’un pianiste québécois dont une douleur au bras, insoluble pour les médecins, fut dénouée par une thérapeute de San Francisco qui sut exactement où toucher.
Grand tirage, tirage en croix et tarot maçonnique
Le traité présente deux méthodes. Le grand tirage s’inspire de l’astrologie et de ses douze maisons, héritées de Ptolémée : la première carte figure le consultant, chacune des suivantes couvre un aspect de la vie, si bien qu’on peut faire « le tour de la vie comme on fait le tour de l’année ». Le tirage en croix, ou petit tirage, ne conserve que les quatre maisons angulaires (1, 4, 7, 10) et fonctionne selon le principe question-réponse. Quant au tarot maçonnique, avec ses équerres, compas et pierres cubiques, Yves le réserve aux questions touchant la vie en loge — égos, rivalités, ambitions —, car pour un profane, ces outils supplémentaires n’apportent rien de plus que la symbolique traditionnelle.
Le tarot à l’ère des algorithmes
Pourquoi le tarot compte-t-il encore aujourd’hui ? Plus que jamais, répond l’invité, dans un monde où une part de nos vies se joue derrière l’écran et où des algorithmes décident pour nous. Le tarot maintient une ouverture, un rappel que l’intelligence humaine n’est pas toute-puissance.
« Je crois que le tarot nous maintient dans cette ouverture-là, que le mystère de notre vie n’est pas épuisé par un calcul et un algorithme. »
— Yves Vaillancourt
L’épisode se referme sur les mots de la fin des invités et un rappel : les précommandes passées sur le site de la Roseraie des Philosophes seront dédicacées, et la maison d’édition tiendra table au salon maçonnique de Tours, les 1er et 2 juin.
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