Épisode 93 · · par Franco Huard
Sous le Bandeau #93 – L’Affaire Athanor : Scandale, Crimes et Franc-Maçonnerie
Le 30 mars 2026 s’est ouvert devant la cour d’assises de Paris un procès hors du commun : celui de l’affaire Athanor, du nom d’une loge maçonnique placée au cœur d’un dossier de surveillances, d’intimidations et de meurtre. Vingt-deux accusés, d’anciens agents des services secrets, une victime enterrée au fond d’une forêt — et, en toile de fond, une question qui dérange : la franc-maçonnerie est-elle en cause ? Pour démêler les faits des fantasmes, Franco reçoit deux invités qui suivent l’affaire de près : Franck Fouqueray, fondateur du média maçonnique 450.fm, et Yonnel Ghernaouti, chroniqueur judiciaire et auteur.
Vivre sous le regard
Avant d’entrer dans le vif du sujet, la conversation s’attarde sur un thème que les trois hommes connaissent bien : la critique. Quand on a une présence publique, on est aimé pour ce qu’on fait — ou détesté pour les mêmes raisons. Franck Fouqueray, habitué des caricatures et des attaques en ligne, y oppose une distance presque philosophique : ceux qui l’attaquent ne le connaissent pas, et leurs projections en disent plus long sur eux que sur lui.
« Si on t’offre un bouquet de fleurs et que tu n’en veux pas, à qui appartient le bouquet ? »
— Franck Fouqueray
Ce qui blesse vraiment, convient-il, ce n’est pas l’adversaire déclaré, mais le poignard planté par un proche — le « toi aussi, mon fils » de César à Brutus.
L’affaire Athanor : un procès hors norme
L’athanor, c’est ce fourneau d’alchimiste censé transformer le plomb en or. Ici, le plomb était dans les balles. Derrière ce nom se cache une loge dont trois membres ont basculé dans le crime — une bascule d’autant plus vertigineuse que, en trois siècles d’histoire maçonnique, les affaires de sang se comptent sur les doigts d’une main : l’assassinat de William Morgan aux États-Unis en 1826, la sulfureuse loge P2 en Italie dans les années 1980 et le scandale de la banque Ambrosiano. L’affaire Athanor vient allonger, à contrecœur, cette très courte liste.
La loge, l’Alliance et la manipulation
La loge Atanor était rattachée à la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (la GLAMF, « l’Alliance »), née en 2012 d’une scission avec la Grande Loge Nationale Française et forte d’environ 15 000 membres. Une petite structure où se croisaient d’anciens policiers, des militaires, des agents de sécurité et des chefs d’entreprise. Le ressort de l’affaire tient en une manipulation : on a fait croire à ces exécutants qu’ils agissaient pour le compte de l’État, pour la patrie — au nom d’une DGSE dont ils n’étaient, au mieux, que de très modestes « gardes-barrières ».
Un meurtre et « trois mauvais compagnons »
Les prémices remontent à 2010, avec des filatures — dont une surveillance politique à Saint-Maur-des-Fossés en 2014. Le basculement, c’est l’assassinat de Laurent Pasquali, pilote de rallye tué en novembre 2018 à Levallois-Perret, dont le corps a été transporté sur des centaines de kilomètres puis enterré en Haute-Loire, avant d’être retrouvé en septembre 2019. Pour convaincre les tueurs, on avait présenté la victime comme un « terroriste corse » à supprimer au nom de la nation.
Franco les surnomme « les trois mauvais compagnons ». Et c’est là le fil rouge que les invités martèlent : ce n’est pas la loge, ce sont trois individus. Les autres frères n’étaient pas au courant — la preuve, ils ne sont pas poursuivis. S’ils avaient été membres d’un club de bridge ou d’un terrain de golf, accuserait-on le bridge ou le golf ?
« La fraternité n’est jamais une immunité. Une loge ne sanctifie pas ceux qui y entrent. »
— Yonnel Ghernaouti
Le vrai danger : l’antimaçonnisme 4.0
Le Monde, TF1, jusqu’au Canard enchaîné et à la presse internationale : tout le monde s’est emparé de l’affaire. Le problème, c’est que le complotisme s’en nourrit, et que l’antimaçonnisme glisse vite vers l’antisémitisme et le racisme. Face à cela, le silence des obédiences — celui de l’Alliance en particulier — laisse le champ libre aux pires récits.
Les invités plaident moins pour davantage de contrôle que pour un vrai travail d’image et de pédagogie : expliquer ce qu’est réellement la franc-maçonnerie, pourquoi elle cultive le secret, et distinguer sans relâche les trois coupables de l’immense majorité des frères et sœurs. C’est aussi tout le propos du nouvel ouvrage de Yonnel Ghernaouti, Anti-maçonnisme, une fabrique du soupçon : l’art d’y répondre, qui offre des outils concrets pour décrypter — et désamorcer — ce phénomène.
« La culture ne se protège pas, la culture se nourrit. »
— Franck Fouqueray
Le mot de la fin revient à cette image : on ne soigne pas trois cellules malades par une chimiothérapie de tout le corps. On les retire, et l’on se retourne vers la santé — c’est-à-dire vers la maçonnerie vivante, celle qu’on pratique au quotidien. Ou, comme le disait Mère Teresa, ne défilons pas contre la guerre : défilons pour la paix.
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