Épisode 89 · · par Franco Huard

Sous le Bandeau #89 – De la mort symbolique à la renaissance

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Après six mois de silence, Franco rouvre le micro — et ce n’est pas un hasard si le premier sujet du retour porte sur la mort et la renaissance. Retrouvant son ami Sylvain, franc-maçon et enquêteur de longue date, l’animateur transforme une longue pause en métaphore initiatique : on meurt, on travaille dans l’ombre, puis on revient à la lumière. Novembre, le mois des morts, donne le ton d’un épisode où les symboles cessent d’être abstraits pour devenir vécus.

« Nous étions morts depuis six mois. Nous sommes revenus à la vie aujourd’hui. »

— Franco

Les loges de sudation : mourir pour renaître

Sylvain ouvre sur une découverte : bien avant l’arrivée des Européens, les peuples autochtones pratiquaient l’équivalent de nos loges maçonniques. Chez les Anishinabe, la Midewiwin réunissait des initiés autour de rituels à huit degrés — tabliers compris. Il rattache cette parenté à la Prophétie des Sept Feux, ce récit des Premières Nations vieux de plus de deux millénaires, qui annonçait la venue d’hommes tendant « une poignée de main fraternelle » — et d’autres portant « la mort dans les yeux ».

Le cœur du propos, c’est la tente de sudation, le sweat lodge. On y entre, dit Sylvain, pour mourir et renaître. Au centre chauffent des pierres — les grands-pères et les grands-mères — disposées comme un pavé mosaïque de clair et d’obscur. Le tambour résonne, stimule la glande pinéale et dissout la notion du temps : trois heures passées à l’intérieur peuvent sembler quinze minutes. La tente devient l’utérus de la Terre-Mère, quatre voyages pour quatre directions, et l’on en ressort transformé. De l’Australie à l’Afrique, la même sagesse se répète, note-t-il — preuve que la lumière ne connaît pas de frontière.

Novembre et les tenues funèbres

Ce détour mène naturellement au vrai sujet du mois : la loge funèbre. Rien de morbide, insiste Sylvain. Une tenue funèbre rend hommage à un frère ou une sœur — parfois à un profane — et souligne son passage à l’Orient Éternel. Les loges se drapent de noir, un catafalque s’installe au centre, fleurs et encens accompagnent le recueillement. Selon le rite et l’obédience, la cérémonie sera plus solennelle et contemporaine, ou franchement mystique.

Pour Sylvain, tout tient au décorum. La maçonnerie, aime-t-il répéter, est une pièce de théâtre : quand on joue vraiment le rôle qu’on doit jouer, on grandit en conscience. On inscrit les noms des défunts sur un tableau ; à chaque nom prononcé, le maillet du vénérable frappe, et l’assemblée demande que ces âmes traversent vers la lumière, libérées du seuil, de cet entre-deux-mondes où les vivants ne peuvent plus les entendre. Des ressentis, des émotions, parfois des odeurs inexpliquées surgissent. Et pour couper court aux soupçons complotistes : aucun sacrifice ne s’y déroule, seulement une ode fraternelle.

Anubis, la balance de Maât et les neuf sens

L’épisode plonge ensuite vers l’Égypte, souche lointaine de la maçonnerie traditionnelle derrière la couche hébraïque et l’héritage hermétique d’Hermès Trismégiste. Sylvain rappelle le rituel d’Anubis : le cœur du défunt est pesé contre une plume sur la balance de Maât. Plus léger, il franchit le cercueil et vainc la mort symbolique — une forme d’immortalité. Plus lourd, il est jeté dans les abîmes, image du cabinet de réflexion : l’homme redescend sous terre, travaille ses vices, puis remonte pour poursuivre son parcours maçonnique.

Dans le monde profane, rappelle-t-il, nous sommes mus par cinq sens ; une tenue funèbre en solliciterait quatre de plus — clairaudience, clairsentience — jusqu’à neuf en tout. À chacun d’aller vérifier, glisse-t-il, mi-sérieux, mi-provocateur.

Du spéculatif à l’opératif

Le fil rouge de la conversation, c’est le passage du spéculatif à l’opératif : cesser de commenter les symboles pour les éprouver. En organisant des loges de sudation pour les frères et sœurs de son atelier, la Clé d’Hiram, Sylvain voulait précisément faire vivre l’expérience. Même logique pour la méditation funèbre, où l’on descend dans une autre fréquence pour contacter les disparus — jamais plus de trois minutes — avant de remonter porteur d’un message.

Franco et Sylvain relient enfin ce cycle à la Saint-Jean d’hiver et à la Saint-Jean d’été, au solstice où le soleil plonge au plus bas avant de renaître, au yin et au yang : cette mort-là est la condition de toute vie nouvelle. Le mot de la fin revient à Sylvain, fidèle à l’esprit de novembre.

« Honorer ses ancêtres, c’est important. Si on ne sait pas d’où on vient, on ne sait pas où on s’en va. »

— Sylvain

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Sujets : Franc-maçonnerie québécoise · Podcasts

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