Épisode 8 · · par Franco Huard
Émission #08 – La franc-maçonnerie et les Premières Nations d’Amérique
Que peuvent bien avoir en commun une tente de sudation mohawk et une loge maçonnique ? Beaucoup plus qu’on ne l’imagine, répond Sylvain. Dans cette huitième émission, le frère et complice de Franco raconte les six années passées auprès d’une grand-mère mohawk et le fil de sagesse qu’il a vu courir, intact, des cérémonies des Premières Nations jusqu’au tapis de loge. Avant d’y plonger, les deux compères annoncent leur « World Tour Sous le Bandeau » — un mois en France et en Espagne, jusqu’à la rencontre mondiale du CLIPSAS à Barcelone — et invitent les auditeurs à les recevoir.
De la tête au cœur : entrer chez les Premières Nations
Sylvain pose d’abord le vocabulaire : ici, on dit « Premières Nations », pas « Indiens » ni « Amérindiens ». Il rappelle sans détour l’histoire — le génocide, les pensionnats, la culture « blanchie » au point que certains se disent eux-mêmes des « pommes », rouges dehors et blancs dedans — et présente ses excuses au nom de ses ancêtres. Puis il ramène l’écoute à l’essentiel : le premier enseignement transmis, comme au grade d’apprenti, c’est l’humilité. Passer de la tête au cœur, le plus court des voyages en distance, mais le plus long en temps.
De ce respect découle tout le reste : la notion de possession qui n’existe pas, la gratitude envers la nature, la conviction que toute sagesse vient de la même source. Avant d’abattre un arbre, on prie et on dépose une offrande de tabac ; le chasseur entre d’abord dans le sweat lodge pour demander à l’esprit de l’animal d’entrer en lien avec lui, puis laisse la bête choisir l’endroit de sa mort. On ne tue jamais pour rien.
Le sweat lodge, une loge sous la tente
C’est ici que les parallèles deviennent saisissants. Le sweat lodge, tente de sudation, représente l’utérus de la mère Terre ; on y entre presque nu, « pour mourir à soi-même et renaître ». Un gardien de feu veille au feu sacré — le couvreur, glisse Franco. On franchit un cercle, on est purifié à la sauge (« smudgé »), on dépose du tabac, puis on accomplit quatre voyages rythmés par le tambour. Les pierres brûlantes, amenées par trois, cinq, sept, portent le nom de grands-pères et de grands-mères, gardiens de la sagesse — Sylvain y voit le pavé mosaïque. Porte à l’est, deux colonnes à l’entrée, quatre éléments, l’idée de se « départir de ses métaux » : la grammaire symbolique est presque la même que celle de la loge.
Grand-mère Sandra et l’enseignement par l’expérience
Chez les Premières Nations, on n’enseigne pas par la parole mais par l’expérience — « comme en maçonnerie », note Franco. Sylvain raconte grand-mère Sandra, le « monkey mind » (cette tête qui veut tout expliquer), et l’épreuve des tasses de thé de cèdre versées par terre l’une après l’autre : la première pour la mère Terre, la deuxième pour le monde des esprits, la troisième seulement pour lui. Il raconte aussi cette soirée où, à force de blagues sur les uns et les autres, il s’est retrouvé mis à l’écart. La leçon, livrée le lendemain par un chef, l’a marqué.
« Toutes les nations sont nos frères et sœurs. Quand tu te moques, c’est comme si tu méprisais tes frères et sœurs. »
— Un chef des Premières Nations, rapporté par Sylvain
Des frontières dans la tête de l’homme blanc
Un autre sage le cueille par une série de questions : les nuages s’arrêtent-ils à la frontière ? Les microbes ? Les animaux ? L’arbre qui pousse à cheval sur la ligne ? Non, jamais.
« La nature ne reconnaît pas les frontières. Elles n’existent que dans la tête de l’homme blanc. »
— Un sage des Premières Nations
Les territoires, eux, appartiennent au Père Créateur — le Grand Esprit, cousin du Grand Architecte. Un Créateur qu’on ne nomme pas, « l’innommable », car nommer, c’est déjà vouloir s’approprier. Et la sagesse s’y transmet des grands-parents aux petits-enfants, ce lien que notre société, déplore Sylvain, a rompu en reléguant ses aînés.
Templiers, Mi’kmaq et le mystère d’Oak Island
La deuxième moitié bascule dans l’histoire — et la légende. Bien avant Christophe Colomb, avance Sylvain, les Templiers auraient abordé ces rives et noué une amitié solide avec la nation Mi’kmaq, dont le drapeau ressemble à s’y méprendre à la bannière de guerre templière, symboles inversés. Il évoque la prophétie des sept feux annonçant l’homme blanc : celui qui vient la main tendue, à qui l’on peut se fier, et celui qui porte la mort sur le visage. Fil conducteur de cette portion : The Curse of Oak Island, la série que Franco suit depuis des saisons, ses traités de paix avec les Mi’kmaq, sa croix templière datée de 1318, son Money Pit toujours inondé. Au passage : l’Acadie « Arcadie », le paradis convoité, la déportation, la chanson Évangéline, les manuscrits de Qumran et la chapelle de Rosslyn — et ce constat amusé que la plupart des chercheurs d’Oak Island, dont un ancien président américain, étaient francs-maçons.
Une spiritualité qui ne se monnaie pas
Sylvain termine par une mise en garde : la spiritualité des Premières Nations ne se vend pas. On donne du tabac, de la nourriture, parfois de l’argent, mais un sweat lodge facturé n’en est plus un. Il rappelle la place centrale de la femme, qui donne la vie et que l’homme est là pour protéger, et rapproche cette sagesse féminine de la Sophia maçonnique. Son mot de la fin tient en un mot : Miigwetch, merci. Reste l’image d’une grand-mère qui chante, tambour en main, tandis que le vent se lève et que les papillons s’approchent — le genre de moment, jure Franco, qui n’a rien d’un effet spécial.

