Épisode 51 · · par Franco Huard
Sous le Bandeau #51 – Ma Franc-Maçonnerie mise-à-nu pour les profanes
En pleine pandémie, temples fermés et tenues réinventées sur Zoom, Franco reçoit depuis la France l’auteur Franck Fouqueray pour une conversation à cœur ouvert. Le prétexte : la réédition 2021 de son livre « Ma franc-maçonnerie mise à nu pour les profanes ». Le vrai sujet : à quoi sert encore la franc-maçonnerie, et pour qui ? Un échange direct entre deux frères que six heures de décalage séparent, mais qu’une même inquiétude rassemble.
Des loges à l’arrêt, une controverse sur le web
Couvre-feu de 18 h à 6 h en France, confinement au Québec, tenues limitées à dix personnes et repoussées au samedi : la crise sanitaire a mis les ateliers à genoux. Franco raconte la controverse née de l’émission 50, où il a osé demander si l’avenir des loges passait par Internet. Résultat : des moqueries, un surnom de « monsieur Concept », mais aussi des expériences bien réelles — des tenues entièrement sur Zoom réunissant jusqu’à quatre-vingt-sept frères et sœurs, puis une loge hybride équipée d’une caméra. Pour Franck, ces outils finiront par s’agréger à la pratique sans la remplacer : dès la reprise, « ce sera un mauvais souvenir ».
S’adapter à l’époque ou disparaître
Franck rappelle la loge Liberté Chérie, née dans un camp de concentration, et les rituels raccourcis en temps de guerre : toute voie qui refuse son époque est condamnée. « Il n’y a que les animaux qui s’adaptent qui survivent. » La Covid n’est qu’un épiphénomène à l’échelle de trois siècles d’histoire maçonnique, faite de creux et d’effervescences. Les rituels, eux, restent immuables — des outils hérités de la nuit des temps. Mais leur finalité mérite d’être questionnée : là où la maçonnerie servait jadis à faire évoluer la société et à peser sur la politique, les universités et les plateformes le font aujourd’hui bien mieux. Sa carte à jouer se trouve ailleurs, du côté du spirituel.
« Le XXIe siècle de la maçonnerie sera spirituel, ou elle ne sera plus, parce qu’elle n’aura plus d’utilité. »
— Franck Fouqueray
Les femmes vont tout bousculer
Les jeunes sœurs veulent secouer l’institution quand les plus âgées restent dans la culture de l’obéissance. Franck file la comparaison avec l’informatique, devenue conviviale, et l’automobile, passée de l’objet de course à l’outil familial et sûr : la maçonnerie, encore très masculine, gagnerait au « travail du cœur » qu’y apporteraient les femmes. Les chiffres disent la lenteur du chemin — à peine une maçonne pour cinq membres en France, contre près de la moitié au Québec. Le nœud, pour les deux frères, est d’abord un problème de communication : l’Ordre n’est pas assez attrayant, et beaucoup de profanes ignorent encore qu’il existe des femmes en maçonnerie.
Le secret, les médias et les convertis
L’image publique de la maçonnerie est façonnée par les scandales de presse et par des grands maîtres réduits à des discours d’élection. Faute de plateforme, le récit échappe aux maçons eux-mêmes. Franck démonte le mythe du secret : les impressions d’initiation ne révèlent rien d’essentiel, et tout se trouve déjà dans les librairies spécialisées et sur Internet — avec quelque deux mille cinq cents démissions par an en France, personne ne pourrait cacher un complot. Il évoque les anciens maçons convertis, comme Serge Abad Gallardo passé au christianisme, et ce professeur à la retraite qui explique la franc-maçonnerie sans jamais avoir franchi le seuil d’une loge : « comme un homme qui n’a jamais mangé de tarte aux fraises et qui écrirait des livres dessus. » Sa réponse tient en un mot : la transparence, celle que revendiquent Radio Delta et Sous le Bandeau.
Le livre, le choix du rite et le parrain
La réédition 2021 assume sa couverture presque nue, qui avait fait scandale, et s’enrichit d’un chapitre sur la maçonnerie féminine et anglo-saxonne ; huitième ouvrage de l’auteur, c’est son plus vendu, bientôt décliné en adaptation anglaise.
« Ce n’est pas un livre pour vendre la maçonnerie : je fais autant de sacralisation que de diabolisation. »
— Franck Fouqueray
Quant au choix du rite, il le juge illusoire pour un profane : autant demander à un Martien fraîchement débarqué de départager les provinces canadiennes. Mieux vaut se laisser porter et faire confiance, quitte à voyager plus tard, une fois compagnon. Franck insiste surtout sur le rôle du parrain — bien plus engageant chez les Anglais, où c’est lui qui répond des manquements de son filleul — et sur l’instruction, qui « élève » de l’intérieur, à distinguer de la simple formation.
Folklore, grands maîtres mondiaux et humilité
Le duo s’amuse des « McDonald’s maçonniques » et du commerce de degrés. Au Rite de Memphis-Misraïm et ses 99 grades, Franco s’étonne de la multiplication des « grands maîtres mondiaux » qui, ne se croisant jamais, règnent chacun sur une vingtaine de membres — un clin d’œil à Highlander. Franck rappelle que les patentes s’y transmettent de personne à personne, de Robert Ambelain à Gérard Kloppel, avant reniements et bannissements, et que les suprêmes conseils se comptent par dizaines. La leçon reste la même : la maçonnerie est imparfaite parce qu’elle est humaine, et l’on y entre pour travailler sur soi. Franck referme l’échange sur un chapelet de blagues — les trois frères trop vantards d’un resort de Punta Cana, ou « La vie est un long fleuve tranquille » — avant de renvoyer les curieux vers son livre.
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