· par Franco Huard
Fraternité et Jiu Jitsu Brésilien | Voyage au Texas | VLOG | Sous le Bandeau | Épisode #9
Troisième ou quatrième jour à Dallas, et le décor a bien changé. Après un premier appartement déniché sur Airbnb — piscine fermée, gym réduit à un coin de garde-robe, douche à l’eau glacée et un tuyau prêt à transformer le mur en fontaine —, Franco et son frère Matthew ont posé leurs valises dans une petite maison tranquille du nord de la ville. Pas de gym, pas de piscine, mais le calme total et zéro trafic dans la rue. Après trois journées de travail de 8 à 5 sans la moindre pause, place enfin au congé : une Camaro 2018, un bout de Dallas à découvrir et un rendez-vous sur le tatami avec un frère pas comme les autres.
Cap sur le dojo de Carlos Machado
Le frère en question s’appelle Carlos Machado, membre de la Grande Loge du Texas et maître de jiu-jitsu brésilien — ceinture corail 8e degré, l’aîné des cinq frères Machado. Direction son académie pour aller « se faire massacrer », comme le dit Franco en bon québécois, par d’autres frères venus s’entraîner. L’accueil est chaleureux : Carlos, qui baragouine quelques mots de français, mélange le portugais, l’espagnol et le français pour faire honneur à ses invités. « Obrigado », lance-t-il en ouvrant les portes de son dojo. L’entrevue qui suit se déroule en anglais, sous-titrée dans la capsule.
Un art qu’on hérite, pas qu’on possède
Sur les murs du dojo, un mot revient partout : rester humble. Pour Carlos, le jiu-jitsu est un héritage. On ne l’a pas inventé, on l’a reçu, et le devoir du maître est de le bonifier pour que la génération suivante parte de plus haut. Il se voit comme un simple véhicule : quand la technique « passe à travers lui », elle vient d’ailleurs — de l’univers, de l’Architecte de l’univers, peu importe le nom qu’on lui donne. Une image qui résonne fort chez un franc-maçon.
« Nous n’avons pas créé cet art, nous en avons hérité. Mon rôle n’est pas de vous transmettre ce que j’ai appris, mais ce que j’en ai amélioré. »
— Carlos Machado
Maîtriser l’ego, une leçon de longévité
L’académie, dit-il, est un temple, et le jiu-jitsu, une expérience presque religieuse : on y apprend à être à l’aise dans l’inconfort. Le vrai combat est intérieur — connaître ses limites, dompter son ego, progresser d’environ 1 % chaque jour. Après des décennies de pratique, Carlos affirme se sentir toujours comme un débutant : plus il en sait, plus il mesure tout ce qu’il ignore. La longévité passe aussi par le corps : mieux manger, s’entraîner, parfois arrêter de boire pour préserver son endurance. Et l’instructeur doit montrer l’exemple, sous peine de devenir hypocrite. Ce qui se vit sur le tapis — humilité, résilience, dévouement, camaraderie — doit se prolonger dans la vie de tous les jours.
Une fraternité sur le tapis
Le parallèle avec la maçonnerie devient limpide. Dans l’académie, les élèves ne se voient pas comme de simples connaissances mais comme des proches : c’est une fraternité. Carlos décrit le passage de la ceinture blanche à la bleue, puis à la mauve, comme autant d’initiations où l’on risque de perdre des frères en chemin, faute de structure ou de culture. Il raconte son propre parcours — trois ans de travail acharné, des moments de doute, l’envie d’abandonner, puis la persévérance — et le compare directement à sa maîtrise maçonnique. Le message : garder la foi, car après les mauvais jours viennent les bons, puis les meilleurs.
Samouraï, Templiers et une vérité qui ne ment pas
Pour Carlos, le samouraï est le Templier de l’Orient : partout, les mêmes archétypes, le même héros raconté par des histoires différentes. Religion, art, chevalerie et jiu-jitsu se répondent. Il conclut l’entrevue sur une formule qui restera.
« Le jiu-jitsu ne ment pas. Sur le tapis, chacun révèle ce qu’il sait vraiment — ou se fait démasquer. »
— Carlos Machado
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