Épisode 21 · · par Franco Huard

Émission #21 – Le rite opératif de Salomon et OITAR

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Après plusieurs mois sans nouveau rite à explorer, « Sous le Bandeau » ouvre ses portes à un univers maçonnique méconnu au Québec : le rite opératif de Salomon, pratiqué par l’OITAR, l’Ordre initiatique et traditionnel de l’Art royal. Autour de la table, Franco reçoit son partenaire Sylvain, sa complice Claudia et, pour la première fois, la sœur Florence, de la loge Les Amis d’Hermès à Montréal. Un auditeur, Alexandre, assiste même en direct à l’enregistrement. Ensemble, ils lèvent le voile sur un rite où l’on ne lit aucune planche, où l’on manipule de vraies pierres et où tout se décide à l’unanimité.

Une invitée d’origine française pour un ordre discret

Installée au Québec depuis une trentaine d’années et vivant aujourd’hui en Gaspésie, Florence raconte d’abord son acclimatation à l’hiver et à l’accent d’ici, avant d’aborder un problème bien concret : la visibilité. L’OITAR est si confidentiel à Montréal que les personnes qui le cherchent ne trouvent même pas la loge sur le site français de l’ordre. C’est finalement l’émission qui a transmis leurs coordonnées à un frère en quête. Florence insiste sur une règle propre à l’OITAR : personne ne s’exprime au nom de l’ordre. Elle vient donc témoigner en son nom, sans engager la fédération de loges libres et indépendantes qu’est l’OITAR.

Aux origines : Jacques de La Personne

Le rite opératif de Salomon naît du travail de Jacques de La Personne, un frère du Grand Orient de France chargé de remodeler des rituels. Ancien syndicaliste entré en franc-maçonnerie pour « l’infiltrer », il finit converti par elle et fasciné par les rituels. Il rêve d’un rite qui remonte aux sources et, surtout, de mixité — impensable au Grand Orient de l’époque. Une loge, Les Hommes, est autorisée pour travailler ce rite ; puis, en 1974, naissent la loge Les Fondateurs et l’OITAR. L’Art royal, c’est le travail sur soi, et l’ordre ne pratique que ce seul rite.

« L’ordre, c’est l’écrin qui protège le bijou. Le bijou, c’est le rite opératif de Salomon. »

— Florence

Un rite « opératif », pierre en main

Ici, le tableau de loge n’est pas un tapis qu’on déroule : on le reconstitue à chaque tenue avec de vrais outils et de vraies pierres, puis on le détruit. Le dernier apprenti entré transporte une pierre brute jusqu’à l’arrivée du suivant, pour éprouver dans son corps son poids et sa matière. On ne lit pas de planches non plus : chacun prépare un « travail » et livre ce qui le touche personnellement. Nul ne le critique ensuite ; on construit à partir de ce qui a été dit, à la manière de la fable de l’éléphant et des aveugles, où chacun tient un morceau de vérité. Les décisions se prennent à l’unanimité — le blackboulage n’existe pas — et les loges restent volontairement petites, sous la quinzaine de membres.

Le corps, la peur et l’amour

Florence décrit un rite d’une grande richesse symbolique, où la parole passe par une posture, la mise à l’ordre, qui intériorise celui qui s’exprime. L’OITAR compte neuf degrés, et le futur vénérable reçoit même une cérémonie particulièrement secrète. Mais le cœur du propos est ailleurs : il s’agit de se libérer de ses inhibitions pour accéder à une véritable liberté de parole et de pensée.

« La seule chose qui empêche les gens de s’exprimer, c’est la peur. Et en franc-maçonnerie, comme dans toutes les voies spirituelles, ce qui est à la fois le but et le centre, c’est l’amour. »

— Florence

Adogmatique, cette voie n’impose aucune croyance et se tient au-dessus des débats politiques et religieux. Amoureuse des mots, Florence souligne le pouvoir libérateur d’un rituel aux phrases ciselées, capable de parler à qui cherche une spiritualité vécue plutôt que récitée.

Durer, et rejoindre la loge

La loge montréalaise a été fondée par le frère et la sœur Michel et Michèle, venus de l’Est de la France, avec l’aide de frères d’autres obédiences. Florence en fut la toute première apprentie, compagnon puis maître — après onze années d’apprentissage, faute de loge de l’OITAR à Montréal à son arrivée. L’histoire a connu ses effondrements et ses reconstructions, mais la loge se dit aujourd’hui solide. Membre du CLIPSAS depuis 2014, l’OITAR compte des loges en France métropolitaine, en Guadeloupe, en Martinique, à Madagascar, un triangle en Belgique, et espère un jour former un territoire nord-américain. Pour découvrir le rite, on est d’abord convié à une « galerie », une tenue au rituel simplifié, via le site de la loge, francmaconneriesalomon.com.

Chapitres

Sujets : Grand Orient de France · CLIPSAS · Podcasts

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