Épisode 73 · · par Franco Huard

Sous le Bandeau #73 – Kenley Talmer explore la situation de la Franc-Maçonnerie Haïtienne

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Franco reçoit le frère Kenley Talmer, un homme aux deux vies — le Québec et Haïti —, auteur et animateur du podcast « Pèlerinage ». Ensemble, ils lèvent le voile sur une franc-maçonnerie méconnue : celle d’Haïti, à la fois foisonnante, très jeune, profondément mystique et traversée de dérives que Kenley nomme sans détour. Une conversation franche sur ce que la maçonnerie transforme — et sur ce qu’elle risque de perdre.

Du micro à la loge : qui est Kenley Talmer

Grand-maître adjoint aux affaires intérieures, Kenley Talmer est aussi auteur et animateur du podcast « Pèlerinage », dont la première saison — sept épisodes — est consacrée à la spiritualité et à la franc-maçonnerie. Son objectif : permettre à sa communauté de comprendre ce qu’est réellement la maçonnerie, loin des rumeurs. Car dans le milieu d’où il vient, dit-il, parler de maçonnerie, « c’est la sorcellerie, c’est l’illuminati, c’est des gens qui font des rituels sataniques ». Tout le contraire de ce qu’il a découvert en la pratiquant.

Le silence, école de l’humilité

Avant d’être initié, Kenley se décrit comme un homme « avec beaucoup d’ego », l’un des meilleurs orateurs lors de simulations de l’Organisation mondiale du commerce et du Conseil de l’Union européenne organisées à HEC Montréal. En loge, l’épreuve la plus difficile fut le silence imposé à l’apprenti.

« Celui qui veut être grand doit savoir qu’à un moment de la durée, il doit être petit. »

— Kenley Talmer

Le silence lui a appris à écouter, à voir ses frères et sœurs comme un miroir, à travailler sa « pierre brute ». Une leçon d’humilité qui, dit-il, continue de le faire grandir.

Une maçonnerie jeune et en pleine expansion

En Haïti, la maçonnerie est étonnamment jeune : la majorité des membres ont entre 22 et 35 ans, et les loges rassemblent rarement moins de quarante personnes. L’entrée se fait à 18 ans — plus tôt pour un « louveteau », fils de maçon. Kenley retrace l’histoire des obédiences : une maçonnerie présente dès la colonie de Saint-Domingue, quasi disparue après l’indépendance de 1804, relancée avec le Grand Orient d’Haïti en 1824, puis scindée par la création de la Grande Loge d’Haïti en 1961. Aujourd’hui, il compterait une vingtaine d’obédiences, souvent minuscules.

Titres achetés et « monstres » de la maçonnerie

C’est le cœur du réquisitoire. Kenley déplore une génération qui « achète » ses grades sans jamais rédiger une planche ni recevoir d’instruction, passant d’apprenti à maître sans avoir travaillé sur elle-même.

« La maçonnerie haïtienne est en train de faire des monstres au lieu de faire de meilleurs maçons. »

— Kenley Talmer

Il raconte les « McDonald’s maçonniques » de Montréal — des ateliers où l’on vend un forfait de grades comme un menu — et une anecdote personnelle : un « vénérable maître » autoproclamé, en réalité un titre acheté, qu’il a remis à sa place en pleine loge bleue. Derrière ces dérives, le culte du paraître : des titres — « trois fois puissant », « éminent commandeur » — brandis par des gens qui « n’existent pas dans le monde profane ».

Mystique, politique et le silence des obédiences

Peuple croyant, les Haïtiens vivent une maçonnerie très mystique. Mais Kenley distingue clairement la démarche initiatique du vaudou : « un pentacle maçonnique ne vibre pas avec un pentacle dans le vaudou ». Il regrette surtout deux silences. Celui de l’instruction, d’abord, faute de planches et de tenues d’instruction. Celui des obédiences, ensuite : lors du massacre de la Saline, aucune n’a condamné les tueries, beaucoup de dignitaires étant eux-mêmes ministres, députés ou sénateurs. La dimension philanthropique, elle, reste presque inexistante.

Violence, temples fermés et espoir d’union

L’actualité rattrape la conversation : des temples fermés après des tentatives de meurtre, des membres de gangs arborant équerre et compas pour se réclamer d’une « protection » qu’ils ont, en réalité, achetée. À Port-au-Prince, des loges du centre-ville ont dû être abandonnées, tandis que celles des provinces — Cap-Haïtien, Les Cayes, Fort-Liberté — poursuivent leurs travaux. Le vœu de Kenley pour conclure : une union des obédiences et un retour à l’instruction, faute de quoi la maçonnerie haïtienne « va finir par perdre son identité ». En clôture, il présente son roman, « Avant d’atteindre ma destination finale », l’histoire d’un père en phase terminale qui offre une dernière conversation à sa fille.

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Sujets : Kenley Talmer · REAA · Podcasts

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