Épisode 66 · · par Franco Huard
Sous le Bandeau #66 – La règle de 24 pouces
Franco devait recevoir Sylvain et Claudia, mais un pépin familial les a retenus à la maison. C’est donc Mathieu, complice de longue date et frère de la même obédience, qui vient à la rescousse un soir de tempête de neige. Le duo n’a pas de technicien ce soir-là — « à la bonne franquette », comme ils disent — mais le sujet couvait depuis longtemps : la règle de 24 pouces, cet outil de l’apprenti qui invite à diviser sagement les heures d’une journée.
Une obédience jeune, un convent réussi
Avant d’entrer dans le vif, Franco salue Nos Colonnes, nouveau commanditaire maçonnique de l’émission : une boutique de décors, tabliers, sautoirs et maillets tenue par Vincent et ses frères. Mathieu, lui, revient sur le récent convent de la Grande Loge, le premier tenu pleinement sous la nouvelle constitution. Dans sa fonction de grand orateur, il y voit un bel exemple de « démocratie en action » : des débats, des contre-propositions, et surtout toutes les chaises des corps périphériques enfin remplies. Une obédience jeune, agile comme un catamaran plutôt qu’un paquebot, qui pose patiemment les pierres d’une fondation solide.
La règle de 24 pouces : une utilisation « propre » du temps
Le cœur de l’épisode. Mathieu raconte comment, bien après son apprentissage, il a repris cet outil au sérieux. Constatant que son temps « disparaissait sans qu’il en ait conscience », il s’est imposé un exercice d’un mois : noter, heure par heure, à quoi il consacrait ses journées, puis se donner une note. Le verdict l’a secoué — près de 60 à 70 % de ses heures éveillées se situaient sous sa cible personnelle, au travail comme en famille. Amateur de chiffres et de rapports, l’informaticien en a tiré des graphiques, mais surtout une prise de conscience à effet durable, qui l’a poussé à protéger des vrais moments de présence avec sa femme et sa fille.
« Toutes ces choses ont leur place si tu veux être un être humain sain, si tu veux être en équilibre, si tu veux être bien dans ta peau. »
— Mathieu
Le fil à plomb et le sablier
La règle ne travaille pas seule. Mathieu évoque sa passion dévorante pour le jiu-jitsu brésilien, montée jusqu’à huit ou dix heures de gym par semaine, au détriment du travail, du repos et de la famille. Le déséquilibre, dit-il, se lit avec le fil à plomb : quand les projets s’emballent et que les repères se brouillent, il remonte le long du fil pour observer le chaos depuis un point stable. À ce couple d’outils s’ajoute le sablier du cabinet de réflexion, rappel que le temps s’écoule. Franco pousse la confidence : Mathieu, dont le père est mort à 42 ans, a longtemps vécu avec l’urgence de tout accomplir — jusqu’à dépasser cet âge et sentir « un poids quitter ses épaules ».
Deux règles, deux sens
Pourquoi la règle porte-t-elle plusieurs significations ? Parce qu’il en existe deux, explique Mathieu : la règle graduée en 24 divisions, et la règle sans division. La première parle du temps ; la seconde, de la droiture. Elle peut représenter les constitutions et les règlements, le Volume de la Loi sacrée, ou toute règle de conduite qui permet de coexister et de bâtir des œuvres collectives — cette ligne qu’on choisit ensemble comme limite commune.
« On a 24 heures pour bien gérer nos affaires, mais si on le fait dans la rectitude, c’est là qu’on peut accomplir de grandes choses. »
— Franco
Le temps comme monnaie
Gérer son temps, insistent-ils, c’est comme gérer un budget : plus on l’optimise, plus on libère d’espace pour ce qui compte. Franco confie vouloir descendre de 40 à 30 ou 32 heures de travail, se bâtir une indépendance financière et consacrer davantage aux arts martiaux, à la famille et à la maçonnerie. Mathieu abonde avec l’histoire de sa fille de 20 ans qui, réalisant qu’elle bouclait ses tâches en quelques heures, a proposé à son employeur un forfait clé en main et lancé sa propre entreprise. Télétravail, efficacité, intelligence artificielle qui lui fait gagner deux heures par jour : les deux hommes voient s’ouvrir une transformation sociale profonde. Ils s’aventurent même du côté du salaire universel et d’une société « à la Star Trek » — sans tomber d’accord, mais en gardant le fil de l’échange.
Le bijou de Christophe
En clôture, Mathieu montre un petit bijou gravé, unique au monde, offert par Christophe, un luthier français rencontré au Panama. « Un maçon de la lame », dit-il de cet ami qui n’est pas initié mais partage la même sensibilité. L’objet le ramène à ses mois de labeur — 30 heures de travail et 30 heures sur un bateau chaque semaine — et à cette question qui guette dans les moments de doute : suis-je sur le bon chemin ? Le bijou répond oui. Reste un rêve, glissé entre deux éclats de rire : transformer ce voilier, remonté du Panama vers le Guatemala, en « loge flottante ».
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