Épisode 63 · · par Franco Huard
Sous le Bandeau #63 – La philanthropie en Franc-Maçonnerie
Décembre, la neige qui hésite à tomber et l’envie de parler d’un côté plus discret de la franc-maçonnerie : la philanthropie. Pour ce numéro spécial du temps des fêtes, Franco réunit autour de la table sa complice Claudia, son frère Marc de la Grande Loge du Québec et Maxime, un Shriner passionné du Temple Karnak, à peine rentrés de leurs voyages maçonniques respectifs — le Gabon et Washington pour l’un, l’Europe pour l’autre. Ensemble, ils racontent comment les loges transforment la vertu en gestes concrets, des paniers de Noël aux hôpitaux pour enfants, et pourquoi donner, au fond, c’est aussi se construire soi-même.
Le temps des fêtes, le temps de donner
L’émission s’ouvre sur l’effervescence de fin d’année. Franco et son équipe préparent leur tout premier gala maçonnique de solidarité : une salle de 120 personnes, un faux sentiment d’urgence pour vendre les billets, et des frères et sœurs qui, fidèles à eux-mêmes, s’inscrivent à la toute dernière minute.
Mais c’est l’Opération Père Noël qui donne le ton. L’organisme québécois recueille les lettres d’enfants — dont plusieurs suivis par la DPJ — et l’équipe de Sous le Bandeau a pris en charge celles de Marie et de David. À côté des demandes de train électrique ou de ballon de soccer floqué au nom de Ronaldo, une lettre bouleverse Franco : un enfant qui ne réclame, pour tout cadeau, qu’une paire de bas. Dans l’ancien Super C de Sainte-Thérèse reconverti en entrepôt, des centaines de milliers de cadeaux attendent d’être expédiés partout au Québec, jusqu’au Nunavut.
« On sentait juste à se promener dans les étalages toute la charité, le don de soi que les gens ont mis dans ça pour faire vivre l’esprit de Noël. »
— Franco Huard
Les Shriners, ces frères au chapeau rouge
Marc distingue deux registres d’engagement : les efforts internes, tournés vers les frères, et les efforts externes, tournés vers la société. Puis il passe la parole à Maxime pour parler des Shriners, sans doute l’action caritative maçonnique la plus visible.
Maxime déroule l’histoire. Tout commence en 1872, quand treize maçons — tous des professionnels de la santé — fondent le premier temple avec une idée simple : offrir des soins gratuits aux enfants qui en ont besoin. Aujourd’hui, on compte environ 200 000 Shriners et 196 temples répartis sur la planète, du Canada aux Philippines en passant par le Mexique, l’Allemagne, le Panama et l’Australie — avec un projet en préparation sur le continent africain. Longtemps réservée aux détenteurs du 32e degré, l’adhésion est désormais ouverte dès le grade de maître.
Le fez à l’aéroport
Le grand moment de l’épisode, c’est l’anecdote de Maxime. Devenu « greeter », il accueille à l’aéroport de Montréal les enfants et leurs familles venus se faire soigner. Timide de nature, il redoutait de se promener avec le célèbre fez — ce petit chapeau rouge — sur la tête, de peur de croiser des clients. Le cou rentré dans les épaules, il finit par le poser sur son crâne… et se retrouve aussitôt entouré de voyageurs qui viennent le remercier, lui serrer la main, lui raconter comment les Shriners ont sauvé un neveu ou changé la vie d’un fils. La gêne se dissout dans la gratitude.
La charité, une roue qui tourne
Le cœur philosophique de l’émission arrive quand chacun tente de définir la charité. Loin de la voir comme une simple obole, les invités la relient à la foi et à l’espérance — les trois pointes du Delta. On y insiste sur l’humilité : apprendre à recevoir pour pouvoir donner sans rien attendre en retour.
« La charité, c’est le seul vrai salaire qu’on gagne. »
— Maxime
Pour Franco, tout est affaire de cycle. Après avoir tout perdu et avoir lui-même reçu de l’aide, il voit dans le don une manière de refermer la boucle. « Si je reçois dans la vie, c’est important que je redonne aussi. Pour moi, c’est comme une roue qui tourne. » Belle illustration de ce cycle : certains anciens patients des hôpitaux Shriners, devenus adultes et professionnels accomplis, sont à leur tour devenus Shriners.
Bien plus que de l’argent
La générosité maçonnique ne se résume pas aux chèques. Marc rappelle l’éventail des causes : au sein des corps concordants, le rite écossais soutient la recherche sur l’Alzheimer et la dyslexie, le rite cryptique celle sur les troubles oculaires, tandis que la Fondation maçonnique du Québec bonifie les dons des loges — environ 150 000 $ versés l’an dernier. La Grande Loge du Québec, elle, organise des collectes de sang et des cueillettes de denrées pour Moisson Montréal, en prenant soin de décaler une partie de l’effort vers février et mars, quand les besoins persistent mais que les dons se font rares.
Surtout, la charité, c’est aussi du temps : le parrainage d’un jeune frère est présenté comme un investissement de soi, une forme de don parmi les plus exigeantes.
Transmettre en héritage
L’épisode se referme sur la transmission. Franco raconte qu’il offre désormais ses anciens tabliers à ses filleuls lors de leurs passages de grade — un geste de continuité plutôt que de détachement. Un seul tablier ne quittera jamais ses mains de son vivant : son dernier tablier de maître, qu’il réserve à sa fille, comme trace de ce qu’aura été son père en maçonnerie. Claudia, elle, retient l’effet d’entraînement : une petite initiative, née d’un simple regard sur une misère, peut devenir un mouvement qui rassemble des milliers de personnes autour d’une même cause. C’est peut-être ça, au fond, le vrai visage de la philanthropie maçonnique : un pas vers le suivant, encore et encore.
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