· par Franco Huard

Le temple maçonnique de Lille | Sous le Bandeau | VLOG | Épisode #32

Dimanche matin, à Lille. Le ciel est gris comme il se doit dans le Nord, mais l’ambiance est à la fête : aujourd’hui, Franco et le frère Nicolas réalisent un rêve vieux de plus de quinze ans. Nicolas a habité huit ans à Lille sans jamais pouvoir franchir la porte du temple maçonnique qu’il longeait, admiratif, du temps où il était encore profane. Devenu franc-maçon, il revient enfin pour visiter le célèbre bâtiment de la rue Thiers, siège de la loge La Lumière du Nord du Grand Orient de France. Rendez-vous a été pris grâce à l’invitation de sœurs qui y ont leur loge.

« Make a Masonic Wish » : le voyage du héros

L’équipe met en scène la visite comme un « Make a Masonic Wish » — clin d’œil au fameux Make-A-Wish — calqué sur le voyage du héros. Nicolas, le profane, a franchi l’appel de l’aventure, frôlé la mort symbolique de l’initiation, rencontré ses mentors, reçu les outils du maçon, puis trouvé des alliés, dont Franco, qui lui ouvre aujourd’hui les portes de sa quête. Sauf que, première épreuve, la porte du temple leur résiste : impossible d’entrer. Il faut d’abord dénicher le « mentor » qui détient la clé.

Deux immeubles, une histoire torturée

Le frère guide les accueille dans le hall d’entrée, jadis le 2 et le 4 de la rue Thiers : deux immeubles réunis en un seul lieu maçonnique. Et l’histoire commence fort.

« Avant d’être deux immeubles maçonniques, figurez-vous que nous sommes dans l’ancienne salle d’une maison de joie. »

— Hevé Lecoq

La veuve des lieux les vend à Charles Debierre — chef de file du Parti radical, grand maître du Grand Orient de France, membre du Conseil de l’Ordre et vénérable maître pendant 38 ans de la Lumière du Nord. En 1910, Debierre engage ses propres deniers pour racheter les deux bâtiments et confie leur réunion à un architecte éminent, Albert Baert, à qui l’on doit aussi la Piscine de Roubaix, aujourd’hui musée d’histoire et d’industrie André Diligent. Le chantier sera « torturé » : lancé en 1910, rattrapé par les deux guerres — le rez-de-chaussée devient même une cantine militaire allemande — de sorte que le Grand Temple est inauguré avant 1914, mais l’ensemble seulement bien plus tard. On traverse l’escalier monumental d’origine et la salle des Vénérables, restée dans son jus, peintures jamais refaites.

Du Petit Temple au Grand Temple

Cap sur le Petit Temple, autrefois appelé Temple Rouge — un temple égyptien rouge dont il ne reste plus grand-chose de rouge. Ses sièges, récupérés dans un ancien cinéma, sont d’un confort redoutable ; des écrans incurvés y ont été installés vers 2018-2019. Le guide y explique le face-à-face maçonnique, hérité de la disposition des vieilles églises anglaises.

« On est dans une altérité tout en étant à l’intérieur de soi. »

— Hevé Lecoq

Sur le pavé, un carrélon lance une digression savoureuse sur les guides de voyage de Reichard, ce Prussien qui, autour de 1780-1800, recensa les loges de toute l’Europe — sujet d’un article de la revue Renaissance Traditionnelle. Puis vient le clou de la visite, le Grand Temple : pierres brutes, pierres cubiques à pointe, et surtout le fauteuil du Vénérable. Celui-là même qui apparaît dans le film Forces Occultes. Pillé par les Allemands, il fut retrouvé plus tard par Albert Baert en chinant en Belgique. Nicolas s’y assoit : deuxième rêve exaucé.

Venir visiter

Après la période Covid, l’association qui veille sur le bâtiment reprend les visites. Le frère invite les maçons à venir en tenue et les profanes à contacter l’association par courriel pour découvrir ce lieu chargé d’histoire. Un grand merci, un rêve — deux, même — réalisés, et Franco qui donne déjà rendez-vous au prochain vlog.

Chapitres

Sujets : Lille · Grand Orient de France · VLOG

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