Épisode 7 · · par Franco Huard

Émission #07 – Terra Masonica avec Tristan Bourlard

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Pour sa septième émission, Sous le Bandeau reçoit un invité de marque : le réalisateur belge Tristan Bourlard, auteur du documentaire « Terra Masonica », un tour du monde en 80 loges maçonniques. Franco et son co-animateur Sylvain remontent avec lui la piste d’un film pensé comme un « état des lieux » de la franc-maçonnerie contemporaine — de la plus vieille loge d’Écosse à un temple sans toit perdu dans la forêt brésilienne. Un entretien qui prend le contre-pied des clichés complotistes pour montrer, tout simplement, ce que vivent les maçons aux quatre coins de la planète.

De « La Clé écossaise » à « Terra Masonica »

Établi près de Waterloo, en Belgique, Tristan Bourlard réalise des documentaires à vocation historique, scientifique et culturelle. « Terra Masonica » n’est pas son premier film sur le sujet : il prolonge « La Clé écossaise » (2009), un documentaire « hard science » d’une heure consacré à une seule question — quelles sont les origines réelles de la franc-maçonnerie, par-delà les mythes ? Sitôt ce premier film terminé, il écrit le scénario du suivant : passer un an à filmer ce qu’il y a de plus étonnant et de plus différent d’un continent à l’autre, puis en tirer un portrait de la maçonnerie d’aujourd’hui. Le résultat tient en deux fois une heure, montées à partir de centaines d’heures d’enregistrement.

Un état des lieux sans jugement

Ce qui pousse Bourlard, c’est un écart qu’il juge intenable : celui entre l’image médiatique de la maçonnerie — souvent négative, dans une atmosphère « de plus en plus complotiste » — et ce qu’il vit lui-même en loge. Son parti pris est de montrer le quotidien, visage découvert, sans caméra cachée : des chauffeurs de bus, un chômeur, des frères et des sœurs venus de tous les horizons.

« La maçonnerie est essentiellement une affaire d’individu plutôt que de système. »

— Tristan Bourlard

Le film vise d’abord un public jeune et non-maçon, dont il a constaté qu’il porte souvent moins de préjugés que les initiés eux-mêmes. Ce qu’il retient de son périple, c’est un fil commun : une même quête, une même humilité, une hospitalité que la maçonnerie n’invente pas mais cultive — et qui prend tout son sens dans les pays en guerre ou frappés par le terrorisme, où réunir les hommes devient un acte de résistance.

L’art du contact et le poids de l’anti-maçonnerie

Pour bâtir un film équilibré entre les continents — l’Afrique, le Proche-Orient, l’Europe centrale sortie du communisme — Bourlard s’appuie sur un ancien grand maître de sa loge, grand voyageur, et sur des contacts directs plutôt que sur les grandes loges. Chaque étape, d’une à trois semaines, exige de saisir en quelques jours « l’ADN » d’une maçonnerie. Les obstacles ne manquent pas : l’épuisement physique du voyage, et cette anecdote d’un compte bancaire vidé par des voleurs pendant qu’il tournait au fond de la forêt brésilienne. Il aborde aussi, sans détour, une anti-maçonnerie encore vive, parfois nourrie par les maçons eux-mêmes lorsqu’ils cultivent le mystère ou étalent leurs « affaires de famille » sur Internet. Faut-il pour autant se cacher ? Pas selon lui : mieux vaut s’assumer, tout en respectant ceux qui, dans certains pays hostiles, doivent encore protéger leur famille.

Kilwinning, le New Hampshire et la mémoire des bâtisseurs

La seconde partie tourne au vrai cours d’histoire. Bourlard raconte Kilwinning, la Mother Lodge of Scotland, cette loge « sans numéro » dont les traces écrites remontent au tournant du XVIIe siècle et l’implantation aux alentours de 1140. Il explique pourquoi c’est en Écosse, terre pauvre et de tradition, que les corporations de bâtisseurs du Moyen Âge ont le mieux survécu, et comment la transmission orale y a forgé un véritable art de la mémoire — au point qu’on y récitait autrefois des pages entières, à l’image du poète maçon écossais Robert Burns. Il revient sur William Schaw, le maître des travaux du roi surnommé « père de la franc-maçonnerie », et sur l’origine de la loge « Number Nothing ». Direction ensuite le New Hampshire et la St. John’s Lodge No. 1 (1736), plus ancienne loge américaine à n’avoir jamais cessé de travailler, témoin du passage d’une « maçonnerie d’empire », cosmopolite, aux maçonneries nationales nées des révolutions — celles des libérateurs comme Bolívar en Amérique latine.

Des temples à ciel ouvert

Le voyage se clôt dans la nature. Au Paraná, au Brésil, un maçon « utopiste » a fait construire, en pleine forêt humide de l’Atlantique, un temple sans mur ni toit, ouvert à toutes les obédiences, jalonné de petites plaques au nom des loges venues s’y réunir. Franco lui répond par un écho québécois : un rite célébré chaque 24 juin sur une montagne de l’Estrie surnommée la « tête du hibou ». De Nuremberg à l’Italie, Bourlard rappelle combien ces rendez-vous en plein air — souvent liés à la Saint-Jean d’été et au solstice — relient les maçons au cosmos et aux traditions les plus anciennes.

En clôture, Franco livre un aveu personnel : conspirationniste il y a quinze ans, il a fini par entrer en maçonnerie.

« C’est la maçonnerie qui a gagné. »

— Franco

Terra Masonica se déniche sur iTunes ou via les marketplaces Amazon — et, promis, Tristan ne dévoile jamais la fin de son film.

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Sujets : Franc-maçonnerie · Podcasts

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