Épisode 1 · · par Franco Huard

Émission #01 – Le prologue

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« Au commencement était le verbe, et le verbe était auprès du podcasting. » C’est sur cette formule mi-solennelle, mi-rieuse que Franco et son co-animateur Sylvain ouvrent le tout premier épisode de Sous le Bandeau, un podcast maçonnique québécois. Leur pari : parler de la franc-maçonnerie à visage découvert, sans mystère fabriqué ni peur entretenue. Deux hommes qui ont d’abord croisé la maçonnerie par la porte du complotisme avant de la découvrir de l’intérieur racontent pourquoi ils ont choisi de sortir du silence pour partager, simplement, ce qu’ils y vivent.

D’anciens complotistes devenus francs-maçons

Avant les loges, il y a eu les théories du complot. Franco se décrit en « grand rebelle » nourri au fameux livre jaune et aux ouvrages de David Icke. Lors d’un voyage familial à Paris, il pousse la porte d’une maison d’édition qu’il admirait… pour découvrir une simple boîte postale — une arnaque. Le choc lui apprend une chose : certains prennent une parcelle de vérité, la déforment et fabriquent du fantastique pour vendre des livres. Voulant d’abord « infiltrer » la maçonnerie par curiosité, il y trouve l’exact contraire de ce qu’il cherchait. Sylvain, plus de sept ans de métier derrière lui, tient le même discours : la maçonnerie lui a « appris à se taire, à savoir écouter », à mieux se connaître et à devenir une meilleure personne.

« La franc-maçonnerie m’a transformé. »

— Franco

Une fraternité mondiale et ses multiples rites

De retour d’un voyage au Brésil et en Argentine pour le CLIPSAS — qui réunissait des obédiences de près de 80 pays —, Franco décrit une véritable chaîne d’union planétaire, « un peu comme se retrouver aux Nations Unies ». Il rappelle les trois grades du parcours (apprenti, compagnon, maître) et cette idée qu’il existe plusieurs rites, mais une seule maçonnerie. Rite écossais ancien et accepté, rite écossais rectifié, Memphis-Misraïm : les animateurs comparent la chose au karaté, où le Kyokushinkai, l’Aïkido ou le Shotokan restent, au fond, du karaté. Le rituel, expliquent-ils, est le « code » par lequel la loge se connecte à son égrégore.

Démonter le mythe satanique

D’où vient la réputation sulfureuse de la maçonnerie ? Sylvain remonte à l’affaire des Templiers : un roi de France endetté, Philippe le Bel, fait tomber l’ordre et invente l’histoire de Baphomet — en réalité une déformation du nom de Mahomet, car les Templiers avaient noué la paix avec le monde musulman à Jérusalem. Le symbole sera récupéré bien plus tard pour lui coller une étiquette satanique. Internet a fait le reste, amplifiant une désinformation déjà ancienne. Les deux animateurs assument les exceptions — « où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie » —, mais rappellent que de tels comportements sont dénoncés, jamais tolérés. En loge, d’ailleurs, ni religion ni politique : on y laisse « ses métaux à l’extérieur » et l’on ne nomme qu’un « grand architecte de l’univers », l’innommable.

Régulière ou libérale : deux maçonneries

Petit cours d’histoire. La maçonnerie dite régulière se rattache à la Grande Loge d’Angleterre, fondée en 1717 quand trois loges s’unissent et obtiennent leur lettre patente ; on passe alors d’une maçonnerie opérative (les tailleurs de pierre) à une maçonnerie spéculative et symbolique. Une scission survient au XIXe siècle, largement sur la question religieuse. La maçonnerie régulière demeure masculine et ne reconnaît pas la maçonnerie libérale ; cette dernière, elle, accueille les femmes, cultive la liberté de conscience et laisse chacun se dire croyant, athée ou laïque. Franco et Sylvain, eux, ont choisi une loge mixte — une affaire « d’équilibre entre le yin et le yang ».

Comment on devient franc-maçon

Deux chemins : le parrainage, où un frère se porte garant du candidat, ou la candidature spontanée, désormais possible via le site de presque n’importe quelle grande loge. Suit une longue démarche : enquête, rencontre du conjoint, vérification des antécédents, soirée d’information, puis le fameux passage sous le bandeau — les yeux bandés, non pour effrayer, mais pour forcer le candidat à s’intérioriser. Vient enfin le vote, aux billes noires et blanches, d’où l’expression « se faire blackbouler ». Les animateurs racontent aussi une journée portes ouvertes cocasse et rappellent qu’on recherche avant tout des esprits sains. Ils citent au passage quelques maçons célèbres — Einstein, George Washington, Neil Armstrong, Mozart — et l’influence de la maçonnerie sur nos parlements, les toges des avocats ou même l’étiquette à table.

De la tête au cœur

Le vrai « secret » maçonnique, insistent-ils, n’en est pas un : c’est l’expérience vécue, impossible à transmettre par les seuls livres. Sylvain distingue la raison, l’émotion et la voix du cœur, et propose une question qui désarme le mental : « Que ferait l’amour dans cette situation ? » Il partage enfin l’histoire de la petite âme venue apprendre le pardon, une parabole sur les gestes d’amour cachés derrière les épreuves. La vie, concluent-ils, est une vaste pièce de théâtre que la maçonnerie apprend non pas à contrôler, mais à maîtriser.

« Passer de la tête au cœur, c’est le voyage le plus long en temps et le plus court en distance. »

— Sylvain

Chapitres

Sujets : franc-maçonnerie · initiation maçonnique · complotisme · Templiers · CLIPSAS · Podcasts

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